Aux Portes de l'Imagination

Page 2 sur 4 Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par tapache le Lun 21 Avr - 21:53

[espérons trouver un remède rapidement !!
Edit => oO il me paraissait moins long quand je l'ai écrit....]

Durant leur chevauchée, Nerel n'avait pas aligné plus de trois mots. Irylin l'avait surveillé sans cesse, inquiète de son attitude. Il ne ressemblait pas au jeune homme qu'elle avait l'habitude de côtoyer. Où étaient passés son sens de la répartie, son humour et ses taquineries ? Disparus.
Cela prouvait combien la situation était grave à ses yeux.

Lorsque le soleil disparut derrière l'horizon, la Faëlle prit le temps d'admirer les nuances de rouge et d'or dont se parèrent le ciel, puis les montagnes au-dessus d'eux.
Et puis Nathaël proposa que le groupe stoppe dans une combe, bien abritée contre à peu-près tout ce qui pourrait venir les déranger, depuis le vent froid jusqu'à d'éventuels attaquants.
L'idée plaisait à Irylin, qui se contenta d’observer le tour de vérification de son amie, tout en évaluant leur trajet. Étant donné l'allure soutenue qu'ils avaient imposé à leurs montures, Ils avaient probablement franchi plus de la moitié de la distance les séparant d'Al-Poll. Le Pollimage n'était donc probablement plus très loin.
Elle en était à se réjouir de cette estimation, prête à descendre de cheval, lorsqu'elle nota l'air contrarié de Nerel, puis remarqua que sa contrariété était dirigée vers Nathaël. Il n'en fallut pas plus à Irylin pour deviner que sa tête de mule préférée refusait de s'arrêter, et prenait mal la proposition de son compatriote.


- Nous pouvons encore... commença Nerel, l’œil mauvais.
- ...espérer trouver un peu de bois avant la tombée de la nuit, pour faire un bon feu ! l'interrompit Irylin en sautant de cheval, enjouée. Qu'en dis-tu, Nathaël, tu viens avec moi ? proposa-t-elle tout en poussant volontairement Cerion à bousculer Sable. ... Oups, désolée Nery' ! La fatigue... Tout le monde est épuisé, un bon somme nous fera du bien ! s'excusa-t-elle, insistant bien sur l'expression "tout le monde".

Nerel poussa un soupir bruyant pour marquer son mécontentement, puis descendit aussi de cheval. Il était bien obligé d'admettre que lui-même était fatigué par cette longue journée... Mais il avait l'impression de perdre du temps en s'arrêtant ainsi.

Irylin, satisfaite, laissa Cerion aux côtés de Foudre, vite rejointe par Nerel qui guidait Sable au ruisseau.


- La prochaine fois que tu veux m'interrompre, évite de m'écraser la jambe, s'il te plait.
grommela-t-il.
- La prochaine fois que tu veux éviter de te faire écraser la jambe, abstiens-toi de réagir bêtement, s'il te plait.
lui répliqua-t-elle dans un sourire.


--------------------------------------


Liam observa Tornade entrer, le jugea d'un œil connaisseur, puis se détourna de l'étalon pour regarder son apprentie. Celle-ci, après avoir marmonné quelques mots pour Mirage, se dirigeait vers son étalon, ignorant sciemment celui qui les avait accompagnés. Mirage, elle, suivit Shyna sans hésiter, vite imitée par Souffle qui semblait ravi de retrouver sa cavalière. Comme à son habitude, le grand étalon noir lui témoigna son affection en fourrant ses naseaux veloutés au creux de son cou, avant de souffler doucement.
Et comme toujours, Shyna laissa échapper un petit rire joyeux, qui Liam ne lui avait encore jamais entendu en d'autres circonstances.
Entourée des deux chevaux, la jeune Frontalière rejoignit les écuries, pailla trois boxes puis retira les harnachements des deux chevaux et les installa chacun dans un box, avant de prendre soin de mettre du foin et de l'eau dans les trois espaces, piochant dans les réserves que les rêveurs mettaient à leur disposition.
Par précaution, elle referma les portes des boxes de Souffle et de Mirage, et laissa le troisième ouvert, certaine que l'étalon alezan brûlé viendrait s'y reposer bientôt.
Enfin, elle rejoignit Liam, et lui lança un regard interrogateur.


- Je ne sais rien de plus, inutile de t'impatienter. On m'a juste dit que son état était critique, et que rien n'était joué.
répondit le Marchombre.
- C'est une Frontalière. Elle s'en sortira.
affirma Shyna avec force. Un sourire passa sur les lèvres de Liam, discret, puis s'évapora aussi vite.
- Et l'étalon ?
- Tant qu'elle sera là, il y restera. Comme le ferait Souffle, ou Mirage.
- Je doute que ma jument soit aussi dépendante que tu l'imagines, jeune fille.
la contredit le marchombre. Shyna esquissa un sourire moqueur, contente de pouvoir moucher son maître.
- Qui vous parle de dépendance ? Il était juste question d'amitié et de loyauté.
répliqua-t-elle avec insolence.
- Mais n'est-ce pas justement une forme d'attachement ? Jusqu'où est-elle utile ? questionna Liam, mystérieux. Shyna fronça les sourcils, ouvrit la bouche pour une demande d'éclaircissements, mais déjà le marchombre ajoutait : On m'a fait savoir qu'une cellule à part était mise à ta disposition. Quant à moi, je vais me coucher, la journée a été longue.

Avant même que la jeune fille n'ait pu le retenir, il était déjà parti. Shyna resta un moment plantée au milieu de la cour, sourcils froncés, puis se glissa jusqu'à l'écurie. Il lui semblait avoir vu l'étalon y rentrer, mais ce n'était pas pour ça qu'elle venait.
D'un pas léger, elle rejoignit Souffle. Le grand étalon noir fit honneur à son nom, soufflant doucement pour la saluer. Elle enfouit ses mains dans l'épaisse crinière sombre, colla sa joue à l'encolure soyeuse, et poussa un soupir de contentement. Utile, cet attachement ? Elle n'en savait rien. Mais pour rien au monde elle n'aurait renoncé à cette relation avec son cheval.
Tout en y réfléchissant, elle s'assit dans la paille, dans un coin du box.
"Pouvoir faire le choix de s'attacher ou non, telle est ma vraie liberté" réalisa-t-elle enfin, tandis qu'elle se laissait aller dans les bras de Morphée...

~¤~

La lune brille haut dans le ciel, Ondiane est silencieuse.
Devant la fontaine, un homme est debout. L'éclat argenté de la lune se reflète dans l'orangé de ses prunelles, lui donnant l'espace d'un instant le regard d'un fauve.
Puis, il ferme les yeux, inspire profondément, ouvre les bras...
Il s'immerge dans la gestuelle marchombre, goûtant cette solitude qui lui est si chère.
Puis, il oublie même la notion de solitude. Le vent lui murmure des secrets qu'il n'arrive pas encore à comprendre, il lui répond par des questions.
Que se passe-t-il ?
Quel est leur rôle ?
Pourquoi ces deux Frontalières ?
Et les Mercenaires ?
Le vent murmure encore, chante des mots qui lui sont étrangers. Il insiste, cherche en lui, puis dans l'univers...
Et le silence retombe.
Lentement, il revient à cette réalité tangible dans laquelle s'emprisonnent tant d'humains, contemple la cour sous cette lumière froide, s'attarde sur les respirations paisibles montant de l'écurie.
Des chevaux.
Une jeune fille.
Il sourit.
Et puis, d'autres bruits percent le silence. On s'agite dans les bâtiments, les rêveurs ont fini leur travail.
À pas lents, il rejoint la source de l'agitation, découvrant avec surprise l'inquiétude qui lui étreint l'estomac.

Elle vit. Encore plongée dans un profond sommeil, elle doit maintenant retrouver ses forces, mais sa blessure est guérie.
Il se surprend à sourire, puis prend une décision, sourit à nouveau en songeant à ce qu'en dira son apprentie.
Le vent se glisse derrière lui avant qu'il ne referme une porte, vient déposer une promesse au creux de son oreille.

Demain, peut-être, des réponses...
avatar
tapache
Admin

Messages : 81
Date d'inscription : 05/11/2011
Age : 26

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Tapache, tout simplement
Vie:
66/100  (66/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par Elawin le Jeu 1 Mai - 14:32

[Apparemment, je n'ai pas encore trouvé le remède ! xD]

La mine contrariée de Nerel n’échappa pas au jeune Frontalier. Il se doutait bien que l’idée d’une halte n’allait pas lui plaire, mais chevaucher jusqu’à l’épuisement complet n’était pas une solution. Et encore moins si l’on prenait en compte les récents évènements. Il s’apprêtait à expliquer la situation à son ami lorsqu’Irylin le devança d’une voix enjouée.
Nathaël regarda son compatriote descendre de cheval avec un soupir sonore et appuyé, et l’ombre d’un sourire flotta sur ses lèvres. Ce qu’il pouvait être borné quand il avait pris une décision ! Mais leur amie Faëlle aurait sûrement rétorqué avec un sourire amusé que cela faisait partie de son charme !


- Très bonne idée, allons-y !
répondit-il.

A l’instar de ses amis, il mit pied à terre et emmena son étalon se désaltérer au côté de ses semblables. Puis en compagnie d’Irylin, il se dirigea vers la forêt.

~¤~

Isys avait observé la scène sans rien dire. Elle avait compris que Nerel voulait poursuivre le voyage pour retrouver sa sœur au plus vite, et sa contrariété était clairement visible sur son visage pour qui savait observer. De plus, elle l’avait étudié tout au long de leur chevauchée et il ne ressemblait en rien aux descriptions que lui en avait fait Irylin.
La Faëlle ne doutait pas des dires de sa compatriote. Cette dernière connaissait le Frontalier depuis des années et en était très proche. Isys en déduisit qu’il devait être vraiment très inquiet pour Shyna, ce qui était parfaitement compréhensible. La Légion Noire était réputée pour son sens de la justice, sa puissance de frappe et ses victoires éclatantes au combat.

Son regard se reporta ensuite sur Nathaël. Il dégageait une aura rassurante, chaleureuse, puissante. Un vrai Frontalier. Les valeurs de ce peuple brillaient dans ses yeux et ses gestes comme un soleil au milieu d’une profonde obscurité. Elle était curieuse d’en savoir plus et de découvrir ses capacités.

Puis Nerel s’approcha avec Sable, stoppant ses réflexions. Elle regarda un instant l’étalon à la robe noire s’abreuver avec les autres chevaux, puis contempla distraitement le ruisseau.
La partie étale de sa surface renvoyait le reflet du ciel sombre, tandis que l’autre, plus vive et plus animée, venait ponctuellement brouiller ce miroir naturel. La pluie avait cessé et une petite bruine l’avait remplacée, seul témoin de la tempête qui avait eu lieu.
Soudain des nuages noirs se déchirèrent, laissant apparaître dans un halo de brume une lune blonde, et les premières étoiles de la nuit.



--------------------------------------


Noir.

Plus d’univers scintillant, plus d’astres, plus de lumière.
Il n’y a plus rien.

Qui suis-je ?

Quelque chose flotte au-dessus de moi. Cela se rapproche, d’abord doucement puis de plus en vite. La collision est inévitable.

Eryn.
Qu’est-ce que c’est ?

Une autre masse se dirige vers moi. Comme la précédente, sa vitesse augmente. Comme la précédente, je la vois foncer, grossir. Comme la précédente, elle me percute de plein fouet.

Eryn.
C’est moi. Je suis Eryn.
Curieuse impression.

De nouveaux éléments m’entourent. Ils tournent lentement autour de moi.
Puis doucement, le rythme s’accélère. La ronde devient danse, qui devient à son tour tornade, qui devient ouragan.

Conscience.
Une multitude de pensées abstraites m’assaillent. Je les observe passer, sans chercher à les retenir, à les comprendre, à les étudier.

Soudain quelque chose d’inconnu.
Sensation.
Pesanteur.

Je suis Eryn. Je suis un corps.
Eryn est un corps ?
Je me souviens.
Je suis un être humain.

Des souvenirs enfouis remontent fugacement à la surface, comme autant de bulles d’un soda qui s’élancent vers le haut et pétillent en explosant au sommet.
Un reflet.
Un sourire.
Une caresse.
Un éclat de voix.
Un sentiment.
Une ombre.
Une douleur.

J’ai mal. Je suis allongée sur un sol à la consistance étrange. J’essaye de bouger. Je regarde mon bras. Ma main essaye d’atteindre quelque chose. Je ne sais pas quoi.
Je fais un effort. Je dois y arriver.
J’ignore pourquoi mais il le faut.

Je vais y arriver. Je le sais.
Je le dois.
J’y suis presque…
Je…

Soudain un tourbillon m’éloigne. M’arrache. M’emporte.
Je chute.
Noir.

~¤~

Une ombre en contemple une autre dans le silence de la nuit.
La première observe la seconde ouvrir lentement les bras et effectuer une série de mouvements qui lui sont familiers.
La gestuelle marchombre…
La silhouette tapie dans l’obscurité apprécie la sérénité, l’harmonie qui se dégage de cette musique muette qu’elle affectionne.
Le vent se mêle à ce lent ballet, s’unit à lui pour ne faire qu’un.
Des mots volent tout autour, comme autant de papillons devant une fleur.
Certains se posent au creux de l’oreille de l’homme, d’autres décollent de ses lèvres pour rejoindre ceux qui virevoltent dans les airs.
Puis lentement, les mots s’évanouissent, le vent se délie, disparaît dans la nuit. Le silence reprend ses droits sur Ondiane endormie.

Des respirations régulières s’élèvent tout bas de l’écurie, confiant les rêves de leurs propriétaires à qui sait écouter.
Le silence n’est plus.

Des bruits agitent le calme de la cour. Un murmure étouffé de pas résonne doucement dans la bâtisse de pierre. L’homme s’éloigne lentement vers le bâtiment.
Le vent revient l’accompagner jusqu’à une porte avant de se détourner, le laissant entrer seul.

Les lieux redeviennent paisibles et Ondiane se rendort tranquillement.
L’ombre n’a toujours pas bougé.
Elle savoure l’instant présent, le retour de l’harmonie.
Un courant d’air vient jouer avec ses vêtements.
La silhouette l’accueille et se joint à lui.
A leur tour, ils ne le font plus qu’un.
Le temps n’existe plus, l’éternité leur appartient.

Puis, alors que la lune s’est déjà levée depuis un moment dans le ciel étoilé, chacun prend congé. L’un gagne les cieux, l’autre rejoint Morphée…

~¤~

Un étalon ouvre un œil ensommeillé dans son box. Il lui semble avoir perçu un murmure dans la cour, mais cela n’a pas d’importance. Sa cavalière est entre de bonnes mains, il le sait et rejoint, sur cette pensée, ses rêves d’équidé…
avatar
Elawin
Scribouillard du dimanche

Messages : 44
Date d'inscription : 28/10/2012
Age : 31

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Elawin
Vie:
100/100  (100/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par tapache le Ven 2 Mai - 17:05

Les sens en éveil, Irylin progressait aux côtés de Nathaël, à la recherche de bois sec qui conviendrait pour le feu. Néanmoins, ses pensées vagabondaient ailleurs. Elle pensait à Shyna, cette sœur que Nerel craignait de perdre alors qu'il venait de la retrouver. Qui était-elle exactement ? Les sentiments du Frontalier n'avaient-ils pas faussé son jugement ?
Elle avait envie de faire confiance à son ami, mais ne pouvait que rester méfiante. Quelques détails, dans ce que Nerel avait dit de Shyna, l'intriguaient.

- Nath', est-ce que tu l'as rencontrée, toi, la sœur de Nery' ?
questionna finalement Irylin après avoir ramassé une branchette, nourrissant l'espoir que le Frontalier chasserait ses inquiétudes.

~¤~

Nerel, insensible à la présence d'Isys comme à la beauté féérique de l'instant, poussa un nouveau soupir, plus discret.
Shyna.
Il se souvenait encore de leurs cavalcades dans les plaines qui s'étendent devant la Citadelle, de leurs entrainements au sabre, de leurs échanges... Ces moments étaient trop peu nombreux.
Mais Shyna avait voulu repartir. Il avait cru qu'elle partait à la recherche de leurs parents, mais elle l'avait détrompé : elle était à la recherche "d'autre chose".
Quoi ?
Il savait, au fond de lui, que cela avait quelque chose à voir avec cette plaie béante qu'il distinguait en elle. Shyna était brillante, vive, et de compagnie agréable, mais il aurait dû être aveugle pour ne pas percevoir que quelque chose, au fond de son âme, était brisé. Et que cette chose agissait sur elle comme un terrible frein.
Cette plaie était-elle la source de ses ennuis ?
Il n'y avait qu'une façon de le savoir : la retrouver, et lui demander.
Et ce n'était pas en restant plantés là qu'ils y parviendraient.


--------------------------------------


Un premier oiseau lança une trille, dans la cour d'Ondiane. Le ciel, à l'est, commençait à peine à s'éclaircir.
Les étoiles pâlirent une à une, cédant la place au soleil qui s'avançait, accueilli par les chants de la nature s'éveillant.
Et puis, enfin, un premier rayon audacieux vint caresser la bâtisse de pierres, se risqua par une fenêtre, puis une autre, et encore une autre.
Passant en minces filets à travers les rideaux blancs, le soleil se glissa dans une petite pièce, frôla un lit sans pouvoir l'atteindre, épargnant la jeune fille qui y reposait, le teint pâle. S'enhardissant, il alla néanmoins réchauffer le visage d'un homme assis dans un coin les yeux fermés.

Liam souleva les paupières.
La Frontalière n'avait pas bougé.
Malgré les protestations des rêveurs, qui lui avaient affirmé qu'il n'était pas nécessaire de la veiller, il avait insisté pour rester auprès d'elle. Simple mesure de précaution, au cas où des Mercenaires tenteraient de venir terminer le travail.
Satisfait, le Marchombre referma les yeux, se laissant aller à un repos superficiel. Shyna, dans l'écurie, était en sécurité. Elle lui avait raconté comment Souffle l'avait déjà protégée, insensible au chant Marchombre.
Un sourire se dessina sur les lèvres du Marchombre à l'évocation de ce souvenir. Incrédule, il avait voulu vérifier, et n'avait dû qu'à sa rapidité de ne pas être réduit en bouillie par le grand étalon noir. Non seulement l'animal y était insensible, mais il semblait avoir un certain ressentiment envers ceux qui tenteraient de l'utiliser sur lui !

~¤~

L'étalon, justement, dormait paisiblement dans son box. Shyna, à côté de lui, était hors d'atteinte des premiers bruissements d'activité humaine au-dehors. Les rêveurs, matinaux, s'attelaient déjà aux premières tâches de la journée...
avatar
tapache
Admin

Messages : 81
Date d'inscription : 05/11/2011
Age : 26

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Tapache, tout simplement
Vie:
66/100  (66/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par Elawin le Dim 4 Mai - 19:56

La forêt bruissait doucement sous la bruine, qui déversait ses eaux jusqu’au sol sous la forme de milliers de cascades miniatures. L’humidité réveillait les senteurs boisées, fongiques et fleuries des lieux.
Trouver du bois sec dans ces conditions n’était pas chose aisée. Aux côtés d’Isys, Nathaël fouillait les environs du regard à la recherche de tout ce qui pourrait servir à leur feu de camp : brindilles, tiges de ronce, pommes de pins, herbes sèches... Il se baissait pour ramasser une écorce de bois lorsqu’Irylin l’interrogea.

- Non, je ne l’ai jamais rencontrée. Je ne sais d’elle que ce que Nery’ m’a raconté à son sujet. Pourquoi ?
questionna-t-il à son tour.

~¤~

Le soupir de Nerel, plus discret pourtant que le précédent, n’en demeura pas moins parfaitement audible. Isys retint un demi-sourire : Irylin avait raison, le Frontalier pouvait être une vraie tête de mule quand il avait une idée bien arrêtée !
La dernière remarque, pertinente et pleine d’humour, de sa compatriote n’ayant pas déridé le jeune homme, la Faëlle ne se risqua pas à effectuer une nouvelle tentative, qui s’annonçait d’ores et déjà vouée à l’échec.

Elle admira un instant encore la féerie du paysage puis interrogea d’une voix enjouée :

- Et si tu me parlais un peu de ta sœur ? Irylin ne m’a brossé qu’un tableau succinct. Comme est-elle ? Partage-t-elle ton côté têtu ?
ajouta la Faëlle avec une pointe d’humour.


--------------------------------------

Le trille joyeux d’un oiseau la tira de ses rêves sombres et agités. Eryn ouvrit les yeux et contempla le plafond. Composé de pierres blanches, il accueillait en son centre un simple abat-jour rond de couleur claire, dissimulant une ampoule à la lumière jaune pâle.

La jeune femme tourna la tête. Elle se trouvait dans une chambre confortable et sobrement décorée. Le soleil avait glissé quelques uns de ses rayons flamboyants dans la pièce, adoucissant ainsi la pénombre dans laquelle elle baignait encore.

Un homme était assis dans un fauteuil élimé. La Frontalière le détailla du regard. Sa silhouette et l’harmonie qu’il dégageait lui étaient familières. De taille moyenne, il avait une musculature fine et des traits légèrement anguleux. Les yeux fermés, il semblait dormir, mais le sourire qui flottait sur ses lèvres laissait plutôt croire à un léger repos.

Une nouvelle vocalise la tira de ses pensées. Un calliste à tête verte venait de se poser sur la fenêtre entrouverte. Eryn admira les couleurs vives de son plumage, écouta son pépiement mélodieux et l’observa s’envoler vers d’autres horizons.

Sans un bruit, elle se releva lentement et s’assit, laissant un pan de drap glisser du lit où elle reposait. D’un geste, elle souleva un côté du vêtement qui la recouvrait, contempla la fine ligne blanche qui courait sur son flanc puis laissa retomber sa main sur la couverture.
Elle ignorait où elle se trouvait et qui avait sa soigné sa blessure, mais qui que ce soit, il avait fait un travail remarquable. Elle ne ressentait plus aucune douleur et se sentait en forme.

Elle avait d’ailleurs suffisamment dormi et il était grand temps de se remettre au travail !
Confiante, Eryn posa ses pieds au sol et se leva. Mais elle n’avait pas encore retrouvé toutes ses forces et un vertige s’empara d’elle, l’espace d’une seconde, la forçant à se rasseoir. Elle allait devoir être patiente…

Avec davantage de précautions, elle se remit debout et se dirigea doucement vers la fenêtre. Puis elle s’y accouda et jeta un œil vers le bas.

~¤~

Dès les premières lueurs de l’aube, Tornade s’était réveillé et levé. Il s’était ensuite nourri et abreuvé, puis était sorti de l’écurie. En chemin, il avait tourné la tête vers les box de deux chevaux qu’il avait suivi. La jeune femme d’hier était là, blottie contre le grand étalon noir, et elle dormait à poings fermés.

Tornade était maintenant dans la cour d’Ondiane et y déambulait tranquillement. Divers bruits émergeaient de la construction pierreuse. Levant la tête, l’étalon observa la bâtisse. Son regard brun rencontra soudain un éclair bleu. Surpris, il poussa un hennissement joyeux.
Elle était là !
avatar
Elawin
Scribouillard du dimanche

Messages : 44
Date d'inscription : 28/10/2012
Age : 31

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Elawin
Vie:
100/100  (100/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par tapache le Dim 4 Mai - 21:40

Irylin réfléchit un instant, puis s'approcha d'un buisson épais, suffisant pour avoir protégé quelques brindilles de la pluie. Tout en se penchant pour voir ce qu'elle y trouvait, elle reprit :

- Comme toi, je ne l'ai jamais vue de mes propres yeux. Mais elle me parait trop... trop parfaite ! Trop semblable en tous points à ce que Nerel aurait pu attendre d'une sœur qui aurait grandi à ses côtés.
commença Irylin, pesant ses mots. Il m'a parlé de sa façon de se battre, de son étalon, de la façon dont ils se ressemblaient... Je me fais peut-être des idées mais je ne peux m'empêcher de douter. Et si elle n'était pas aussi parfaite qu'il l'imagine ? Les Mercenaires de tout à l'heure m'ont rappelé ce qu'il disait de Shyna, sa capacité à bouger, à être imprévisible... ça ne s'apprend pas toute seule, il faut de l'entrainement. Et puis, il y a leur première rencontre. Il l'a retrouvée lors d'un meurtre commis par un Mercenaire, alors qu'elle avait, selon ses dires, "tenté de s'interposer".

Autant de détails troublants.
Avoir un cheval coûtait cher, acheter un étalon comme Sable -dont Souffle était l'égal, si elle en croyait Nerel- relevait de la ruine pour bon nombre de personnes. Comment avait fait Shyna ?
Et cet entrainement ? Irylin doutait que quiconque puisse arriver seul au niveau décrit par Nerel. À moins que le Frontalier ait surestimé sa sœur... Mais ce n'était pas son genre.
Et le fait que le Mercenaire n'ait pas tué Shyna... Nerel était-il arrivé à point nommé pour la sauver ? Tout ceci n'était-il pas un peu trop parfait ? Trop rêvé ? Irylin craignait que son ami de toujours ne se mette dans une situation délicate pour une imposteuse ou, pire, une traitresse. De plus, son statut élevé dans la hiérarchie des Frontaliers pourrait entrainer un grave quiproquo, en cas d'accrochage avec la Légion Noire. Avec les rumeurs qui circulaient sur l'indépendantisme Frontalier, franchir le pas et s'imaginer qu'ils étaient responsables de la disparition des Sphères Graphes était on ne peut plus facile.


~¤~

Nerel pinça les lèvres, à deux doigts de répondre à Isys qu'elle n'était pas obligée d'engager la conversation avec lui. Il se reprit juste avant d'être désagréable, adouci par la pointe d'humour d'Isys qui, étrangement, lui rappelait la façon de faire d'Irylin.


- ... Si elle ne le partageait pas, elle ne serait pas à l'autre bout de l'Empire à l'heure qu'il est
. regretta-t-il, oscillant entre la fierté à l'égard de sa sœur, et l'amertume de la savoir loin et en danger. Puis il se reprit et ajouta : C'est une Frontalière, même si elle n'a pas grandi à la Citadelle ! Elle est courageuse, très douée au combat et cavalière émérite. Son étalon est magnifique, et ressemble un peu à Sable... décrivit-il, son regard se faisant plus rêveur.
Les retrouvailles avec Shyna avaient été plus belles que ce qu'il avait toujours espéré. Il s'attendait à trouver une jeune fille triste, peut-être pauvre, au passé tourmenté... peut-être même faible, qui sait ? Et le destin lui avait rendu une sœur capable de rivaliser d'adresse avec bon nombre de Frontaliers, au caractère fougueux et pétillant. Jamais il n'avait osé en espérer autant.


--------------------------------------


Liam rouvrit un œil dès que la jeune fille fut levée.
Son sourire ne l'avait pas quitté, renforcé par le comportement de la jeune Frontalière, si similaire à celui de Shyna que c'en était presque comique. Confiante, impatiente...
À peine s'était-elle installée à la fenêtre qu'un hennissement retentit, montant de la cour. Le sourire du Marchombre s'élargit, et il ne put s'empêcher de commenter, toujours confortablement assis dans son fauteuil :

- Ton étalon a de la constance, jeune fille...


~¤~

Le claquement de ses pas sur le sol était insoutenable. Son regard pénétrant, empli d'une malice malsaine, était fixé sur elle tandis qu'un sourire mauvais étirait ses lèvres.
Le temps paraissait infini et elle, paralysée, ne pouvait esquisser le moindre geste. Puisant au plus profond de sa volonté, elle révisa les enseignements que Liam distillait chaque jour, y cherchant une solution.
- Ne sois pas stupide, Poly. susurra-t-il. Tu ne seras jamais Marchombre...

Un hennissement déchira le cauchemar qui l'emprisonnait, et Shyna ouvrit les yeux, se redressant en sursaut.
Souffle renâcla, surpris d'une telle réaction. La jeune fille passa une main rassurante sur la robe soyeuse de l'étalon, tout en s'apaisant doucement.
Un mauvais rêve. Juste un mauvais rêve.
Encore un.

Elle s'ébroua et, constatant qu'il faisait déjà jour, se leva et chassa les brins de paille qui s'étaient pris d'affection pour elle durant la nuit. Puis, constatant que l'étalon alezan de la veille n'était plus là, elle fit le parallèle avec le hennissement qu'elle avait à moitié entendu. Se passait-il quelque chose au-dehors ?
Encore engourdie par sa nuit et son cauchemar, elle franchit le seuil de l'écurie et plaça sa main en visière pour protéger ses yeux de la clarté du ciel. Suivant le regard de l'étalon, elle remarqua une silhouette à la fenêtre et crut un instant que sa vision lui jouait des tours. N'était-ce pas la Frontalière encore mourante la veille ?!
avatar
tapache
Admin

Messages : 81
Date d'inscription : 05/11/2011
Age : 26

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Tapache, tout simplement
Vie:
66/100  (66/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par Elawin le Sam 10 Mai - 20:14

Tout en poursuivant ses recherches de bois sec, Nathaël étudia les arguments de son amie. Il devait bien reconnaître que le tableau qu’elle avait brossé semblait étrangement idyllique. Etait-il le fruit d’un pur concours de circonstances ? Le hasard était-il seul responsable ? Difficile à croire, en effet.
Et à y réfléchir, Nerel lui avait aussi parlé de cette sœur en termes flatteurs et éloquents, le regard presque rêveur. Il avait trouvé cela curieux sur le moment, mais son attention avait été détournée et il avait rangé cette impression dans un coin de sa mémoire, sans l’approfondir.

Avisant une pomme de pin qui avait glissé au pied d’un bosquet, il la saisit pour l’étudier rapidement, avant de la relâcher au sol. Inutilisable. Trop humide.

Ses pensées se tournèrent vers les dernières paroles d’Irylin. « Sa capacité à bouger, à être imprévisible… ». Effectivement, cela supposait un entraînement certain. Ou des capacités physiques remarquables. Or Shyna appartenait, entre autres, à la grande famille des Cogistes. Cela suffisait-il à expliquer ses facultés au combat ? Nathaël en doutait… Il connaissait Nerel depuis bien longtemps, et si les aptitudes de son ami étaient considérables, il savait qu’elles étaient surtout la résultante d’exercices ardus et répétés des milliers de fois. Et apprendre à se mouvoir et à surprendre faisaient partie des bases qu’apprenaient les Frontaliers.
Mais Shyna n’avait pas suivi cet entraînement… Un guerrier lui avait-il enseigné des tactiques de combat ? Possible… Mais pourquoi ? Dans quel but ? Pour ses beaux yeux ? Irréaliste…

- Je comprends ton inquiétude. Il est vrai que ces coïncidences sont troublantes. Surtout concernant leur première rencontre, comme tu viens de l’évoquer. Mais que pouvons-nous y faire ?
interrogea-t-il, sans attendre de réponse à cette question qui n’était que rhétorique. Nery’ est aveuglé par la colère et l’injustice qu’il ressent. Si effectivement Shyna n’est pas aussi parfaite qu’il le croit, nous devrons le convaincre et ce ne sera pas chose facile. Tu sais aussi bien que moi à quel point il peut être entêté parfois…

Il se tut une seconde avant de reprendre :


- Cependant… supposons qu’elle possède un étalon semblable à Sable, qu’elle sache se battre comme nous trois et que Nery' lui ait effectivement sauvé la vie, face à un Mercenaire du Chaos. Dans ce cas, pourquoi ne s’est-elle pas débarrassée seule de son adversaire, comme nous l’avons fait tout à l’heure ? Jouerait-elle de malchance ?


Semblant un instant perdu dans ses pensées, ce ne fut plus qu’un souffle qui sortit de ses lèvres tandis qu’il se baissait à nouveau pour attraper une brindille :


- Nous devons dissiper toutes ces zones d’ombre… avant qu’il ne soit trop tard…


~¤~

Isys perçut l’hésitation de Nerel ainsi que l’amertume bataillant avec la fierté qui perça ensuite dans sa voix. Puis il se reprit et son ton devint plus doux, presque rêveur. La Faëlle l’écouta dépeindre sa sœur.
Elle fut frappée par la ressemblance flagrante entre cette description de Shyna et celle qu’Irylin lui avait faite de Nerel. L’appartenance aux Frontaliers, le courage, les capacités au combat, à cheval… C’était trait pour trait le récit de sa compatriote, à tel point qu’elle crut revivre, le temps d’une seconde, ces moments où son amie lui parlait du jeune homme. Se pouvait-il que Shyna soit le parfait alter égo de Nerel ? Cela semblait un peu trop beau pour être vrai…

Cependant, elle ne s’en ouvrit pas au Frontalier et sans trahir les interrogations qu’avait naître ses mots dans son esprit, elle se contenta d’esquisser un léger sourire complice et répondit, enjouée :


- J’ai hâte de faire sa connaissance ! Et lequel de vous deux est le plus borné, alors ?
ajouta-t-elle, taquine, avec un sourire amusé.


--------------------------------------


Eryn ne se retourna pas quand elle entendit les paroles de l’homme assis sur le fauteuil. Elle écouta le timbre chaud de sa voix, la confiance et l’harmonie qui s’en dégageaient, le sourire qui transpirait dans ses paroles et qu’elle devinait dessiné sur ses lèvres. Elle s’attacha ensuite au sens des mots qu’il avait prononcé et contempla à nouveau la cour où son étalon se trouvait. Elle admira sa robe sombre, son regard brillant d’intelligence, la fougue qui émanait de lui. Aucun doute, Tornade était un nom qui lui allait parfaitement.

Son regard s’étendit au reste, glissant sur les pierres blanches reflétant les rayons du soleil, puis sur les arbres au feuillage d’un vert émeraude d’où émanait le chant joyeux des oiseaux. Elle essaya de les deviner dans ce rideau de verdure, crut apercevoir par moment un éclat coloré mais si fugacement qu’il était difficile d’en être certaine. Son attention se posa ensuite sur la fontaine qui s’élevait au centre du patio. Son eau cristalline se déversait en cascades ininterrompues dans un petit bassin, qui réfléchissait le bleu azur du ciel.

Elle observa ainsi les lieux pendant quelques minutes puis finit par se retourner lentement et faire face à son interlocuteur. Ses prunelles saphir plongèrent dans l’océan orangé et elle interrogea calmement :

- Où sommes-nous ?


~¤~

La silhouette dissimulée dans la pénombre d’un arbre ne bougea pas. Elle avait observé la jeune fille qui était apparue à la fenêtre. Le regard de cette dernière avait balayé la cour, se posant tour à tour sur l’étalon à la robe alezan brûlé, les murs de pierres blanches, les arbres et enfin la fontaine, avant de se détourner. Son attention avait glissée sur l’ombre, sans la remarquer…
avatar
Elawin
Scribouillard du dimanche

Messages : 44
Date d'inscription : 28/10/2012
Age : 31

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Elawin
Vie:
100/100  (100/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par tapache le Sam 10 Mai - 22:40

Irylin acquiesça, récupérant quelques branchettes et une grosse poignée d'aiguilles relativement sèches sous son buisson.

- Quoi qu'il en soit, nous nous devons d'accompagner Nerel et d'être prudents pour lui. Comme tu l'as dit, il est aveuglé par la colère et l'injustice...
répondit la Faëlle, avant d'examiner la forêt du regard, puis son maigre butin, dépitée. ... Et je doute fort que nous pussions trouver plus de combustible. ajouta-t-elle, passant du coq à l'âne. Mais dis-moi, ne pourrais-tu pas sécher du bois humide, histoire qu'on puisse faire un feu digne de ce nom ? suggéra-t-elle.

~¤~

La question d'Isys réussit l'exploit de faire naître un semblant de sourire sur le visage de Nerel.


- La question reste l'objet d'un virulent débat ! Mais tu pourras en juger par toi-même bientôt, la ténacité de Shyna n'a d'égal que son courage !
répondit-il, presque joyeux.

Bien sûr, ils allaient retrouver sa sœur.
Bien sûr, tout allait s'expliquer de façon si claire, si évidente, qu'il n'aurait qu'à aller à Al-Jeit, et expliquer les faits à l'empereur, pour que Shyna soit blanchie de tout soupçon !
Il suffisait d'agir, d'agir vite. Cette fois, il sauverait sa sœur.


--------------------------------------


Le Maître Marchombre attendit patiemment que la Frontalière ait fini son observation, en profitant lui-même pour l'étudier encore. Sa silhouette était fine, élancée. Sa musculature déliée, ses mouvements, témoignaient d'un entrainement régulier et rigoureux. Frontalière, certes. Mais peut-être un peu plus que cela.
Lorsqu'elle se retourna et plongea son regard saphir dans celui de Liam, le Marchombre n'avait toujours pas bougé. Son sourire s'était doucement effacé, ne laissant qu'une neutralité parfaite sur ses traits. Cependant, la franchise de son regard, et le calme avec lequel elle le questionna, achevèrent de convaincre le Marchombre qu'il avait fait le bon choix.


- À Ondiane.
répondit-il, aussi neutre que son expression faciale, et aussi succinct qu'à son habitude.

~¤~

La présence de Tornade n'était bien entendu pas passée inaperçu, et plusieurs rêveurs observaient -à distance respectable- le fougueux animal laissé libre dans leur cour. Voilà qui était inhabituel, et surtout, absolument pas conventionnel.
L'un d'entre eux, plus téméraire -ou plus tâtillon ?- que les autres, se risqua à aborder Shyna.

- Excusez-moi jeune fille, mais, ce cheval ne peut pas rester en liberté comme ça...


L'apprentie marchombre écrasa un bâillement, avant d'observer l'homme qui l'avait interpellé. Il avait une trentaine d'années, et un physique assez banal. Bien que la contrariété soit lisible sur ses traits, ses yeux pétillaient d'une intelligence certaine. Et sa façon de regarder l'animal prouvait qu'il n'était pas insensible à la beauté sauvage de l'étalon.
C'était donc un téméraire, songea Shyna, avant d'esquisser un sourire.

- Et pourquoi ça ?
questionna-t-elle.
- Eh bien, tout d'abord pour la sécurité des gens qui doivent circuler dans le patio, ensuite pour éviter qu'il ne s'échappe, et enfin, on n'a jamais vu quelqu'un laisser sa monture vagabonder de la sorte.
répondit posément le rêveur. Shyna sourit de plus belle.

- Je doute fort que ce cheval attaque quiconque, pour peu qu'on ne montre pas d'intention belliqueuse à son égard, tout comme je doute qu'il s'en aille sans sa cavalière, que vous avez soignée cette nuit. Et enfin, si l'on avait dû s'en tenir aux normes et au déjà-vu, Edwin Til' Illan, Ellana Caldin, Ewilan Gil' Sayan et bien entendu Artis Valpierre, ne seraient jamais entrés dans le Grand Livre des Légendes, puisqu'ils n'auraient jamais libéré et protégé Gwendalavir. déclara-t-elle avec insolence, se félicitant d'avoir un minimum écouté les leçons d'Histoire qu'on lui avait parfois imposé.

Le rêveur afficha un sourire indulgent.

- Vous marquez un point, jeune fille. Cependant, si ces mêmes personnages de Légende n'avaient pas su faire preuve d'un minimum de discipline et de respect, je doute fort qu'ils aient été capables d'accomplir de tels exploits...
fit-il remarquer.

Téméraire et presque pugnace. Voilà qui contrastait avec l'image qu'elle se faisait des rêveurs.


- Donc, vous allez vouloir appliquer la discipline et forcer cet étalon à rentrer dans son box ? questionna-t-elle.
- Pourquoi contraindre, lorsqu'on a auprès de soi quelqu'un qui peut demander poliment ?...
répliqua le rêveur. ... Sous-estimer les capacités de son interlocuteur est une grave erreur. Et je doute fort d'être le seul à vous l'avoir dit... ajouta-t-il en réponse au regard surpris de la jeune fille.
avatar
tapache
Admin

Messages : 81
Date d'inscription : 05/11/2011
Age : 26

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Tapache, tout simplement
Vie:
66/100  (66/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par Elawin le Dim 18 Mai - 19:16

Nathaël hocha la tête sans répondre, regarda à son tour la récolte d’Irylin puis la sienne. Ils avaient à peine réussi à amasser l’équivalent d’un minuscule tas de braises, insuffisant pour leur feu de camp. S’ils voulaient un foyer correct, ils devaient trouver plus de combustible… ou une autre solution.
Sécher du bois humide ? L’idée était séduisante… mais ardue à réaliser. L’eau avait profondément infiltré les écorces et l’évacuer de chaque cellule boisée risquait de prendre un certain temps, d’autant qu’il ne fallait pas les faire brûler…
Le Frontalier réfléchit.

Son regard se posa sur un large et fin morceau de bois. Nathaël se baissa pour le récupérer et l’étudia attentivement pendant quelques secondes. Puis finalement, il se tourna vers son amie pour lui montrer sa trouvaille.


- Sécher du bois n’est pas une mince affaire, d’autant plus s’il est épais. Une bûche par exemple nécessiterait beaucoup de travail car il faudrait prendre chaque couche une par une, produire une chaleur juste suffisante mais non excessive – sinon les cellules seraient détruites – et remonter ainsi jusqu’au cœur de la souche, expliqua-t-il.

Les choses étaient en vérité un peu plus complexes que la description qu’en avait faite le jeune homme mais l’essentiel était là et il n’était pas nécessaire de rentrer davantage dans les détails techniques.

- La nuit sera bientôt là, nous devons faire un feu rapidement pour sécher nos habits trempés et décourager les bêtes sauvages environnantes. Le mieux que nous puissions faire est de récolter des écorces fines, ou tout du moins suffisamment friables, pour en chasser ensuite l’humidité,
poursuivit Nathaël avant de reporter son attention sur le sol.

Cette méthode pourrait faire l’affaire et grossir le maigre butin qu’ils avaient déjà amassé. A condition qu’ils trouvent ce qu’ils cherchaient…


~¤~

Un semblant de sourire naquit sur les lèvres de Nerel et sa voix laissa transparaître ce qui s’apparentait presque à de la joie. Satisfaite, Isys répondit à son tour par un sourire complice.

Elle venait enfin d’apercevoir le jeune homme dont son amie lui avait tant parlé. Il est vrai que cela n’avait duré qu’un fugace instant mais c’était suffisant pour que la Faëlle devine la personnalité du Frontalier qu’Irylin affectionnait.

Cependant, elle n’oubliait pas la troublante impression qu’elle avait eue, quelques minutes auparavant. Elle se promit d’y réfléchir un peu plus tard et rangea ce détail dans un coin de sa mémoire.

Puis après un rapide regard au ciel de plus en plus sombre, elle se tourna vers Nerel et lui dit :

- Nous ferions bien de monter le camp avant que l’obscurité ne soit trop forte et que la pluie ne se remette à tomber. Tu viens ?

Sans attendre de réponse, elle se détourna, se dirigea vers les sacs que la petite troupe avait posés au sol et entreprit de sortir les affaires pour monter leur campement.


--------------------------------------

La réponse qu’elle reçut fit naître bon nombre de questions dans l’esprit d’Eryn, à tel point que la jeune femme se demanda une seconde par laquelle commencer.
Elle allait ouvrir la bouche pour formuler ses interrogations lorsqu'elle se retint de justesse.

N’avait-elle donc rien appris ? La précipitation n’était généralement pas une alliée. Elle avait pu s’en rendre compte à deux reprises déjà et voilà qu’elle avait failli recommencer une troisième fois.
Elle garda donc le silence, les lèvres closes, et se concentra sur la réponse qui lui avait été donnée.

Ondiane… Eryn avait déjà entendu parler de ce lieu où une communauté de rêveurs avait élu domicile. D’après ce qu’on lui avait enseigné, l’endroit se situait au nord d’Al-Vor, juste au-dessous du fleuve qui séparait les Grandes Plaines des Collines de Taj.
Songer à la grande ville des plaines lui rappela les évènements récents.
Son arrivée dans l’auberge où elle était descendue. L’ivrogne qui s’était invité à sa table sans son autorisation. Le défi qu’elle lui avait lancé et sa victoire indiscutable.
Puis l’arrivée d’un homme sombre. Son attaque brutale.
Sa riposte instinctive.
Puis leur combat. Acharné. Féroce.
La défaite de son adversaire. Son regard qui avait alors balayé la pièce et qui s’était posé sur sa compatriote qui luttait elle aussi contre un Mercenaire du Chaos.
L’apparition soudaine d’un Mentaï.
Sa tentative pour sauver la vie de l’autre Frontalière, qui n’avait pas encore repéré le danger.
Son corps à corps.
Puis tout à coup la douleur.
Le dessin qu’elle avait esquissé.
Avant le néant.

La suite, elle ne s’en souvenait pas. Elle se rappelait seulement, et confusément, des étoiles qui l’avaient appelée, de l’univers extraordinaire et de son chant envoûtant. Puis elle s’était réveillée dans cette chambre, avec cet homme au regard orangé.

C’était certainement lui qui l’avait conduite ici pour lui sauver la vie. Les rêveurs avaient fait le reste. C’était grâce à eux tous qu’elle était encore en vie.
Elle leur devait beaucoup.

Les questions s’étaient progressivement effacées de son esprit pour ne former plus qu’un mot, et c’est avec calme, sérénité et reconnaissance qu’elle l’offrit à son interlocuteur qui affichait maintenant un visage neutre :

- Merci.
avatar
Elawin
Scribouillard du dimanche

Messages : 44
Date d'inscription : 28/10/2012
Age : 31

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Elawin
Vie:
100/100  (100/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par tapache le Lun 19 Mai - 22:00

- Je vois. déclara Irylin après l'explication de Nathaël, qu'elle avait attentivement écouté. Elle esquissa un sourire amusé, et ajouta : Merci pour cette explication claire et agréable ! Je connais une dessinatrice de talent qui se serait contentée de me déclarer stupide, et la discussion aurait viré à la dispute ! plaisanta-t-elle, faisant référence au mauvais caractère de Tishyam.

Sur ces mots, elle reprit les recherches, espérant trouver assez de matière pour faire un feu raisonnable.

~¤~

Nerel acquiesça, sans pour autant approuver verbalement. Même si la décision de Nathaël était pleine de bon sens, même si Isys avait raison elle aussi, rester là ne l'enchantait toujours pas.
Malgré tout, avec l'aisance que confère l'habitude, il prêta main-forte à la Faëlle, préparant les tentes et l'emplacement du feu -si tant est qu'ils réussissent à en allumer un.


--------------------------------------


Liam inclina légèrement la tête, reconnaissant la valeur du remerciement de la jeune fille.
Le vent choisit cet instant pour se glisser par la fenêtre, frôla Eryn, pour mieux se glisser au creux de l'oreille du Maitre Marchombre. Celui-ci, après une hésitation, se leva et se dirigea vers la porte.
La main posée sur la poignée, il se retourna vers Eryn, pour déclarer :
- Je pense que personne ne t'en tiendras rigueur, si tu veux te dégourdir un peu les jambes... Mais avec prudence.
ajouta-t-il, presque malicieux, avant d'ouvrir le battant de bois pour se glisser dans le couloir.

Sans la moindre hésitation, s'appuyant sur les repères pris lorsqu'il était monté dans la chambre d'Eryn, il emprunta le chemin menant au patio.

Une présence...
Voilà ce que le vent lui avait murmuré. Ce n'était ni menaçant, ni rassurant. Ce n’était qu'une anomalie, une présence qui, à priori, n'avait pas lieu d'être dans l'enceinte d'Ondiane.
Ce n'était ni un rêveur, ni Shyna, dont le vent parlait.
Une présence... ténue, indéfinissable, presque fuyante.
Libre ?
Il devait en avoir le cœur net par lui-même.
avatar
tapache
Admin

Messages : 81
Date d'inscription : 05/11/2011
Age : 26

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Tapache, tout simplement
Vie:
66/100  (66/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par Elawin le Mer 21 Mai - 18:26

L'ombre d'un sourire flotta sur les lèvres du Frontalier suite à la déclaration taquine de son amie. Oui c'était tout à fait le genre de Tishyam, qui en plus d'être têtue, faisait parfois volontairement preuve d'un mauvais caractère.
"Souvent", aurait corrigé la plupart de leurs amis et de leurs connaissances... Sa sœur aurait rétorqué théâtralement et d'un air presque hautain qu'il ne s'agissait ni plus ni moins que de force de caractère. Ses colères étaient d'ailleurs célèbres dans la Citadelle, autant que le don du dessin de leur famille. Le seul alors en mesure de la calmer réellement était son frère, qui la connaissait mieux que personne...
Oui, les Sil' Meeril avaient des personnalités bien trempées !

Sortant de ses pensées, Nathaël se remit à la recherche de combustible.

~¤~

Lorsque l’obscurité se fit trop imposante, le jeune homme se tourna vers Irylin et proposa :


- On rentre ? Avant que Nery’ ne râle à nouveau parce qu’on tarde à revenir !
ajouta-t-il avec un demi-sourire amusé.

Isys et Nerel devaient en effet les attendre impatiemment et de toute manière, il faisait désormais trop sombre pour poursuivre la récolte de bois.


--------------------------------------


Grâce à l'aide de Nerel, le campement fut rapidement monté et l'âtre, censé accueillir leur potentiel feu, bâti.

Puis les deux amis attendirent le retour d'Irylin et de Nathaël. Ils devaient faire vite, la nuit était déjà tombée et une bise glaciale s'était levée, rappelant désagréablement à Isys et Nerel qu'ils étaient trempés.

~¤~

Un hurlement lointain d'un loup déchira soudain le silence qui s'était abattu sur le camp.
Les chevaux levèrent la tête et soufflèrent avec inquiétude.
Une seconde plainte s'éleva dans la nuit.
Les trois étalons et la jument s'agitèrent.

La Faëlle se leva et se dirigea vers les équidés nerveux. A voix basse, elle murmura une mélopée inintelligible qui les apaisa peu à peu.
Une fois le calme revenu, Isys souffla encore quelques sons étranges avant de revenir vers le Frontalier, suivie de près par Écume, Cerion, Sable et Foudre qui se rassemblèrent dans un coin abrité.

La nuit ne s’annonçait pas de tout repos…


--------------------------------------


Deux pupilles sombres étaient braquées sur les êtres qui se trouvaient dans la combe.
Son regard passa rapidement sur les quatre créatures occupées à se nourrir des touffes d’herbes qu’elles ramassaient. Cela ne l’intéressait pas.
Les deux autres, en revanche…
Sans un bruit, le prédateur tapi dans l’ombre se rapprocha puis s’arrêta à nouveau, les prunelles vrillées sur ses proies. Cette fois-ci, elles ne lui échapperaient pas, d’autant qu’elles n'avaient pas encore remarqué le danger...


--------------------------------------


Avec prudence ? Il avait donc remarqué son vertige lorsqu’elle s’était levée… L’ombre d’un sourire flotta sur les lèvres d’Eryn puis elle se dirigea lentement vers la porte, à la suite de son interlocuteur.

Lorsqu’elle atteignit enfin la porte menant au patio, elle s’arrêta un instant pour profiter de la caresse du soleil sur son visage et habituer sa vue à la forte luminosité extérieure. Puis elle sortit et se dirigea vers la fontaine près de laquelle se tenait toujours son étalon.

En arrivant à sa hauteur, elle s’arrêta, caressa d’une main le front de Tornade puis colla sa joue contre son encolure avec un soupir de satisfaction. Pour toute réponse, l’étalon posa le bout de son nez dans son cou et souffla doucement, tirant un sourire amusé à sa cavalière sous l’effet de la chatouille. La Frontalière plongea ensuite ses mains dans la crinière sombre, l’entoura de ses bras avant d’y enfouir son visage. Elle ignorait par quel miracle sa monture l’avait retrouvée mais se contentait pour le moment de profiter de l’instant présent.

Tout à ses retrouvailles avec Tornade, elle n’avait pas remarqué la silhouette qui se tenait assise non loin sur un banc, à l’ombre d’un saule et qui l’observait.
avatar
Elawin
Scribouillard du dimanche

Messages : 44
Date d'inscription : 28/10/2012
Age : 31

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Elawin
Vie:
100/100  (100/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par tapache le Dim 25 Mai - 20:51

Irylin acquiesça dans un sourire amusé, songeant au sale caractère de Nerel -qui ressemblait furieusement à celui de Tishyam. Nathaël avait raison, il était temps de rentrer, d'autant plus qu'une petite bise se glissait jusque sous les arbres et, désagréable, accentuait le froid de leurs vêtements mouillés.

Et effectivement, Nerel commençait à s'impatienter. Les hurlements des loups n'arrangeaient rien à son impatience, et son instinct lui soufflait que ceux-ci n'étaient pas les seuls prédateurs dans les parages. Or, devoir faire face aux Loups du Nord était déjà une épreuve largement suffisante à son goût...
Lorsqu'enfin Nathaël et Irylin émergèrent du bois, il poussa un soupir de soulagement... qui s'interrompit brutalement tandis qu'il ressentait une présence derrière lui.
Une forme sombre s'élança et le survola, pour retomber entre eux et leurs camarades. L'obscurité était déjà trop profonde pour qu'il distingue clairement les traits de ce qui venait de s'interposer, ce qui n'empêcha pas le Frontalier de réagir. En une fraction de seconde, il avait dégainé son sabre et se tenait en garde, prêt à réagir.

Irylin, mieux placée que Nerel, ne détecta pas l'intrus plus tôt pour autant. Ce n'est qu'à l'instant où la chose bondit qu'elle se figea, amorçant un léger mouvement de reculpour ne pas être à portée immédiate.

- Nath ! Lumière !
s'exclama-t-elle, son poignard déjà en main.


--------------------------------------


Après avoir balayé la cour du regard, Liam esquissa un sourire.
Le Vent avait raison, comme toujours.

Paisiblement, il rejoignit Shyna, qui regardait partir le rêveur avec suspicion.

- Y'a des gens bizarres ici...
commenta-t-elle, avant de reporter son attention sur les retrouvailles de l'étalon et sa cavalière. ... Alors, elle va mieux on dirait ?
- C'est une Frontalière...
répondit simplement Liam, évasif. Il laissa un instant de silence avant de questionner : Et exception faite de ce brave rêveur, n'as-tu rien remarqué d'anormal ce matin ?
- D'anormal ? Non.
répondit tout d'abord Shyna, avant de se douter que la question n'était pas innocente. ... J'aurais dû ?
- À toi de voir...
répliqua Liam, malicieux.

Shyna fronça les sourcils, et se mit en devoir d'examiner la cour qui s'offrait à ses yeux. Que pouvait-il y avoir d'anormal ? Sa compatriote et l'étalon, la fontaine, les murs d'enceinte, les bâtiments, les arbres ondulant sous le vent, les rêveurs s'affairant... s'affairant ?! Mais alors, cette silhouette sur un banc...

- Je constate que tu n'es pas tout-à-fait aveugle.
ironisa gentiment Liam. Voudrais-tu aller intercepter cet intrus et lui demander ce qu'il fait là, en guise d'entrainement du matin ? suggéra-t-il. Shyna sourit.

- Alors là, c'est du gâteau !


En deux bonds précis, elle s'était glissée derrière un arbre, placée hors de la vue de l'intrus. Deux autres déplacements et elle était le long du mur. Aussi discrète que possible, elle s'approcha de sa cible, enjambant avec agilité les obstacles qui se présentaient devant elle, s'élevant parfois le long de la paroi pour se dissimuler derrière les frondaisons.
Liam la suivait des yeux, observant ses déplacements d'un oeil appréciateur. Elle était souple, agile, et bien qu'elle ait encore de grands progrès à faire, elle savait se faire discrète. Elle était sur la Voie, cela ne faisait aucun doute lorsqu'on savait observer.
Elle était sur la Voie mais, depuis quelques temps déjà, elle ne progressait plus.
Songeur, Liam s'adossa au mur de l'écurie, bien décidé à ne manquer aucune seconde de ce qui allait se dérouler. Qui sait ? Peut-être arriverait-il enfin à saisir la nature de l’obstacle qui bloquait son élève...

Toujours aussi prudente, usant de toute la discrétion possible, Shyna arriva derrière le saule à l'ombre duquel était placé le banc -et surtout, sa cible. À pas de loups, elle s'approcha, décidée à immobiliser l'homme dès que possible. Il n'avait pas bronché, elle était sûre d'elle, sûre de son silence.
Un silence qui aurait suffi à berner bien des gens, mais...
avatar
tapache
Admin

Messages : 81
Date d'inscription : 05/11/2011
Age : 26

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Tapache, tout simplement
Vie:
66/100  (66/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par Elawin le Jeu 29 Mai - 19:52

Plongé dans les Spires, Nathaël entendit à peine la voix d’Irylin. A l’instant où une ombre avait surgi, menaçante, derrière Nerel, il s’était jeté dans l’Imagination. Il ne s’embarrassa pas de fioritures et trouva rapidement ce qu’il cherchait. Quelques secondes plus tard, une boule éclatante surgit du néant, nimbant la combe d’une intense lumière.

Sortant de l’obscurité, une monstrueuse créature semblable à une araignée géante apparut. Les deux longs tentacules qui encadraient sa gueule fouettaient l’air avec violence tandis que les fentes de ses yeux dardaient leur éclat sombre et malveillant sur les deux humains qui lui faisait face.
Un marcheur.

D’un coup d’œil, le Frontalier s’assura qu’il n’y en avait pas d’autres aux alentours et sortit en même temps son sabre de son fourreau.

A cet instant, un sifflement perçant rompit le silence qui s’était brutalement abattu sur le camp et une flèche se ficha profondément dans le crâne du prédateur. Un autre sifflement retentit et un second projectile rejoignit le premier.
A l’origine de ces traits meurtriers, Isys, qui avait bondi vers son sac pour en retirer son arc et l’armer.

La Faëlle avait déjà encoché une troisième flèche. Corde tendue jusqu’à sa joue, elle étudia la créature, guettant le moindre mouvement suspect, de sa part ou de celle d’un autre adversaire.

Que faisait un marcheur ici ?
Leur territoire était de l’autre côté du Pollimage. De plus, les marcheurs solitaires s’en prenaient rarement à un groupe de guerriers.
Mais… était-il vraiment seul ?



--------------------------------------


L’ombre assise sur le banc ne bougea pas, demeurant parfaitement immobile. Elle avait remarqué à l’autre bout de la cour le maître marchombre et la jeune fille qui l’accompagnait. Entendu l’approche de cette dernière, certes discrète, mais bruyante pour qui savait écouter. Capté le léger souffle de sa respiration. Senti son aura non dissimulée.
Pas de doute, cette Frontalière s’était engagée sur la Voie mais il lui restait encore beaucoup à apprendre…

Sa compatriote venait tout de juste de remarquer sa présence, après ses retrouvailles avec son étalon. Son corps élancé, ses muscles déliés témoignaient d’un entraînement certain. Et sa capacité de récupération clamait sa volonté farouche d’avancer. Avait-elle, elle aussi, trouvé sa voie ? Difficile à dire pour l’instant…

Un courant d’air vint fugacement se lover au creux de son oreille, lui rappelant les murmures fuyants du vent nocturne…

« Possible voilé d’inquiétantes ombres sortant de la pénombre fureur sourde qui gronde dévoile des rêves sombres haine trahison mensonge en nombre. Flamme vacillante malmenée lentement amenée à sombrer lumière obscurité entremêlés fugitive destinée essences oubliées à perdre ou à gagner… »

Le maître marchombre, car c’en était un, reporta son attention sur la présence qui se dissimulait derrière lui.
Confiante, sûre d’elle…
Un peu trop…

A cet instant, il perçut un infime mouvement au niveau de sa nuque.
Téméraire…

D’un geste parfaitement maîtrisé et avec une rapidité confondante, il attrapa, sans se retourner, le poignet qui se tendait vers lui, puis le tira sèchement mais avec une force mesurée vers l’avant pour faire basculer l’imprudente au sol, sans la blesser.

Ce faisant, sa main emprisonnant toujours le poignet plaqué au sol, il interrogea avec la voix calme de celui qui sait qu’il sera écouté :


- Quelles leçons as-tu apprises, jeune fille ?

~¤~

Eryn avait observé la scène avec curiosité, les mains toujours posées sur l’encolure de son étalon. Elle avait entendu la proposition de l’homme au regard orangé, puis perçut l’approche silencieuse de sa compatriote en direction de l’individu qui l’observait depuis son banc. C’était la Frontalière qu’elle avait sauvé dans l’auberge à Al-Vor. Elle semblait apparemment accompagner celui qui avait veillé sur elle.

Après une légère pression à l’attention de Tornade pour le rassurer, elle s’éloigna lentement de sa monture pour se rapprocher un peu du saule, attentive à la suite des évènements.
avatar
Elawin
Scribouillard du dimanche

Messages : 44
Date d'inscription : 28/10/2012
Age : 31

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Elawin
Vie:
100/100  (100/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par tapache le Sam 31 Mai - 21:16

Irylin poussa un soupir de soulagement lorsque le marcheur s'affaissa, terrassé par les deux flèches d'Isys. La Faëlle accorda un regard reconnaissant à sa compatriote, non sans rester attentive.
Un marcheur, seul, n'avait rien à faire ici. Bien sûr, leur capacité à faire des pas sur le côté -et même le Grand Pas- leur permettait de se déplacer à leur guise, mais ils ne le faisaient jamais sans raison. De plus, se placer au milieu de ses adversaires n'était sûrement pas la meilleure tactique pour les attaquer...
La réflexion d'Irylin n'avait duré qu'une demi-seconde, et le mauvais pressentiment qui en était ressorti se vit confirmé par un infime sifflement. La Faëlle plongea au sol, sentit quelque chose effleurer son épaule, puis entendit l'impact sec du projectile qui se ficha dans le sol. Roulant pour amortir sa chute, elle eut le temps d'entrevoir la tige ultra-courte et l'empennage serré d'un carreau d'arbalète. D'autres sifflements se firent entendre et Irylin se précipita vers leurs affaires, déterminée à récupérer son arc. On leur tirait dessus ! Et la lumière générée par Nathaël rendait l'ajustement des tirs d'une facilité dramatique pour eux !
Nerel, lui aussi pris pour cible, effectua un rapide mouvement de son sabre et le carreau n'atteignit que sa lame, avant de se perdre dans les buissons. Poursuivant son geste, il intercepta un second trait destiné à Isys, qui se tenait près de lui.
Les chevaux, inquiétés par l'arrivée du marcheur et l'agitation grandissante, recommençaient à montrer des signes de nervosité. Le cliquetis caractéristique d'autres marcheurs n'arrangea rien à leur état.

L'obscurité reprit brutalement ses droits sur les lieux, interrompant les tirs d'arbalète. Nerel n'en fut pas surpris outre mesure : Nathaël avait compris que sa lumière leur posait plus de problèmes qu'elle ne les aidait.
Rejoignant Isys et Nerel, Irylin récupéra son arc et ses flèches, puis tapota l'épaule de son amie et, d'un geste, lui désigna une zone plus escarpée. De là, elles ne pourraient être atteintes par les arbalétriers mais garderaient le champ libre pour neutraliser les marcheurs s'approchant dans cette direction. Nerel, lui, n'attendit même pas que Nathaël le rejoigne et, silencieux comme un chat, se glissa vers l'origine des tirs, bien décidé à renverser la situation.


--------------------------------------


Shyna jubilait, trop contente de démontrer à Liam que surprendre ce type était pour elle un jeu d'enfant. Il n'avait pas esquissé le moindre mouvement, le moindre geste.
Normal. Elle avait été si discrète qu'il ne l'avait pas sentie arriver, c'était évident. Du moins, c'est ce dont elle tentait de se convaincre, faisant taire une petite voix qui lui soufflait de faire attention.
Et maintenant, elle n'avait plus qu'à...
La main se referma sur son poignet sans qu'elle ait le temps d'amorcer le moindre mouvement de recul, et elle se sentit immédiatement entrainée par une force irrésistible. Ses réflexes prirent le relais un instant, lui permettant d'aborder le sol avec douceur et souplesse, même si le geste de l'homme ne l'exposait à rien de plus qu'une ou deux égratignures insignifiantes.
Cependant, son ego était en miettes, une fois de plus.

- Quelles leçons as-tu apprises, jeune fille ?
questionna calmement l'homme.

Elle l'observa, partagée entre la frustration, la colère et une once de peur. Elle s'était fait avoir comme une débutante, ça, c'était pour la frustration. Liam savait parfaitement que cela se terminerait de la sorte, ça, c'était pour la colère. Elle savait que cet homme qui l'avait maitrisée d'un seul geste aurait aussi bien pu la tuer, ça, c'était pour la peur.
Elle aurait voulu se dégager mais elle avait parfaitement conscience qu'il était inutile de se débattre. Cet homme avait à peu de choses près la même intonation que Liam, la même calme assurance de celui qui se sait en position de force. Quoi qu'elle tente, elle serait perdante.
Quelle leçon avait-elle apprise ? Que Liam la bernait toujours aussi facilement, qu'elle était incapable d'évaluer correctement un adversaire, qu'elle...
Elle ne pensait pas que ce soit ce genre de réponse que le Marchombre -elle ne doutait pas une seconde que c'en soit un- attendait d'elle. Troublée, elle resta silencieuse, mais tendue comme un arc. Se libérer, voilà ce qu'elle attendait plus que tout. Pour oublier ses doutes, oublier qu'elle n'avait pas été à la hauteur.
Qu'il avait peut-être raison.
Qu'elle ne serait peut-être jamais vraiment Marchombre, et que l'Harmonie lui échapperait toujours.

~¤~

Liam n'avait pas bougé. Si un sourire était venu étirer ses lèvres lorsque Shyna avait été neutralisée, celui-ci s'était effacé dans l'instant.
Son ouïe exceptionnelle lui avait permis de capter la question du Maitre Marchombre, et Shyna était restée silencieuse. Pourtant, elle aurait pu tirer bien des leçons de sa mésaventure. "La précipitation, l'excès de confiance sont les ennemis du Marchombre.", ou encore "La force d'un adversaire réside parfois dans sa capacité à surprendre."... Peut-être aurait-elle pu même comprendre que ce qu'elle prenait pour le silence était en fait un raffut incroyable pour qui savait tendre l'oreille.
Mais l'apprentie restait muette, pétrifiée.
Comme si toute progression lui était désormais interdite.
Le Maître Marchombre eut un pincement au cœur. Le problème était-il donc si profond ?...
avatar
tapache
Admin

Messages : 81
Date d'inscription : 05/11/2011
Age : 26

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Tapache, tout simplement
Vie:
66/100  (66/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par Elawin le Jeu 5 Juin - 7:51

[Allez je poste, je tiens plus ! L'ambiance n'est pas là comme je le voudrais mais je n'arrive plus à retravailler mon texte à force de le lire ^^"
Pour la partie NNII, je me disais que ça pouvait être intéressant d'avoir un adversaire capable de voir dans le noir, mais ce n'est qu'une idée donc n'hésites pas à me dire si tu veux que je modifie !]

Lorsqu’un infime sifflement avait troublé le silence, poussant Irylin à plonger au sol, Isys avait immédiatement levé son arc, pointant sa flèche encochée vers la source de cette nouvelle attaque. Mais la lumière de la combe l’empêchait de distinguer le coupable, parfaitement dissimulé dans les ténèbres.
Une pluie de traits meurtriers s’était alors abattue sur leur campement. Frontaliers et Faëlles avaient promptement réagi : tandis qu’Irylin se précipitait sur ses affaires, les deux jeunes hommes avaient dégainé, parant de leur lame les carreaux qui les visaient. Nerel stoppa au passage un tir destiné à Isys puis la nuit reprit soudain ses droits.
Nathaël venait de faire disparaître son dessin.

Plongée dans l’obscurité, la Faëlle perçut un murmure de pas s’éloignant d’elle. Nerel étant le plus proche d’elle, il s’agissait certainement de lui. Et son objectif était évident : trouver leurs ennemis et les maîtriser.
A cet instant, un tapotement sur son épaule lui fit tourner la tête. Elle devina dans la pénombre sa compatriote et toutes deux s’éloignèrent vivement, le plus silencieusement possible.

De son côté, Nathaël avait aperçu le rapprochement de ses amis, avant qu’il n’annule sa création. Une ombre l’avait effleuré quelques secondes plus tard et le Frontalier lui avait emboîté le pas, se fiant aux bruissements caractéristiques mais à peine perceptibles des pieds caressant le sol détrempé.

~¤~

Les cliquetis des marcheurs résonnèrent plus vivement dans la combe. Leurs tentacules fouettaient furieusement les airs à la recherche de leurs proies masquées par l’obscurité.

Les archers étaient également en colère. Ils ne discernaient plus rien.
Renonçant aux arbalètes désormais inutiles, ils sortirent leur arme de combat rapproché avec une coordination parfaite.
Ils étaient prêts.

Un sourire cruel se dessina sur les lèvres de l’un d’eux. Depuis quelques mois, la nuit était devenue sa compagne la plus fidèle et ne lui avait jamais fait défaut. Il allait ce soir encore profiter de ses charmes…


--------------------------------------


Le regard bleu électrique d’Ilhano plongea dans celui brun sombre de la jeune fille. Il y lut un enchevêtrement de frustration, de colère et de peur.

Frustration ? Certainement liée au sentiment de s’être laissée berner par l’apparente inattention qu’il avait volontairement affichée et d’avoir, ce faisant, sous-estimé les capacités dont il disposait.
Colère ? Peut-être contre elle-même, contre sa confiance excessive. Ou était-elle dirigée… contre Liam ? Ce dernier l’avait invitée à « intercepter cet intrus », selon ses propres mots. Lui en voulait-elle d’avoir sciemment omis de préciser son identité ?
Peur ? Vis-à-vis de qui, de quoi ? De lui ? Avait-elle craint une issue plus funeste à cet échange qui n’était rien de plus qu’un simple exercice ? Il aurait en effet pu la tuer s’il l’avait voulu, mais la délicatesse et la force mesurée dont il avait fait preuve pour la faire basculer témoignaient de la non-violence de son geste.

Tout en étudiant les sentiments qu’il percevait, il attendit une réponse à sa question.
Réponse qui ne vint pas.
Un silence pesant s’installa.

La question n’était pourtant pas complexe et les leçons à tirer de cet entrainement étaient légion…

Le maître marchombre détailla encore davantage la silhouette qui se tenait près de lui.
La Frontalière, tendue à l’extrême, demeurait silencieuse, pétrifiée.
Pourquoi ?
La frustration et la colère auraient dû la pousser à réagir, à tenter une riposte physique ou verbale, voire un trait d’humour. La peur pouvait l’en empêcher mais une rapide réflexion sur ce qu’il venait de se produire aurait facilement balayé cette frayeur, aussi sûrement qu’une vague devant un fétu de paille.

Il y avait autre chose.
La panique ? Non, ce n’était pas ce qu’il lisait dans les prunelles brunes.
La résignation ? Il en décelait quelques bribes. Mais le ton calme qu’il avait employé pour la questionner exigeait une réponse que le seul renoncement n’aurait pu bloquer. En outre, la jeune fille aurait détourné le regard, sans le plonger dans le sien, si cette émotion était la cause de cette tension.

La tristesse ? La peine d’avoir échoué face à la mission imposée par Liam ? Pourtant, ce ne devait pas être la première fois. Arpenter la Voie n’était pas chose facile, son apprentie devait le savoir…

Sans un mot, il se pencha et de sa main libre, traça quelques lignes dans la poussière.

Force de vie jumelle de la peur,
Entrave possible mais impuissante devant l’envol
Liberté irrésistible.


Tout en écrivant, il avait imperceptiblement desserré les doigts autour du poignet prisonnier.

Elle était libre.
Il lui offrait une courbe.

~¤~

Debout près la fontaine, Eryn contemplait les deux êtres sous le saule. Sa compatriote était tombée au sol, irrésistiblement attirée par la force de l’homme. Elle perçut à distance la question posée mais n’entendit aucune réponse. La Frontalière à terre s’était figée, muette.

La cavalière de Tornade fronça les sourcils. Elle avait bien quelques idées au sujet des leçons qui pouvaient être tirées de la scène qui venait de se jouer. Mais la jeune femme à la crinière brune demeurait pétrifiée, son regard vrillé dans celui de l’individu.
Quelque chose n’allait pas.
Mais quoi ?


Dernière édition par Elawin le Ven 6 Juin - 10:45, édité 1 fois
avatar
Elawin
Scribouillard du dimanche

Messages : 44
Date d'inscription : 28/10/2012
Age : 31

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Elawin
Vie:
100/100  (100/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par tapache le Jeu 5 Juin - 21:11

[ yaaaay ! \o/ (t'excite pas, tu vas encore pas réussi rà finir ton post...) ***SHBAAAAAAAARFFF*** (. . . moi, v'divais fa pour tfoi...)
Ceci dit, excellente idée, j'approuve totalement ! ]

Irylin n'attendit pas et encocha une flèche, bandant son arc au maximum. L'obscurité l'empêchait de voir les marcheurs, mais leurs cliquetis étaient parfaitement audibles.
Audibles, et localisables.
La Faëlle ferma les yeux, se concentrant sur son ouïe. Chaque son était une information précieuse.
Sur leur gauche, les chevaux piétinaient et renâclaient. Elle savait qu'ils n'étaient pas mis en danger par les marcheurs. En revanche, elle s'interdisait de lâcher un trait dans cette direction : le risque d'atteindre l'une de leurs monteurs était trop grand.
Devant elles, répartis, les marcheurs avançaient. Elle pouvait désormais entendre par intermittence les sifflements de leurs tentacules empoisonnés, signe qu'ils se rapprochaient.
Elle se concentra un peu plus, choisit sa cible, et ouvrit les doigts. Le chuintement de la flèche traversa l'espace, s'achevant dans un impact mat qui rompit la régularité d'un des cliquetis qui s'approchaient. Touché, mais pas encore coulé ! Sans attendre, elle encocha une nouvelle flèche, visa, tira. Nouveau bruit mat. Les cliquetis désordonnés cessèrent.

...

Fauve en chasse.
Voilà ce qu'était Nerel à cet instant.
Attentif au moindre bruit, au souffle le plus insignifiant, il progressait lentement, prêt à agir, prêt à bondir. Il entendait derrière lui les pas et la respiration de Nathaël, discrets. Mais devant, c'était le silence le plus total.
Le silence... et l'obscurité.
Et puis peu à peu, le silence s'étiola, laissant place à d'infimes bruissements, qui s'amplifièrent doucement.
Ils étaient là, tout près. Nerel avait réduit son souffle au maximum, effaçant presque totalement le bruit de sa respiration.
Ils étaient là, tout près... Mais "tout près" était une information bien trop vague pour une discipline où un demi-centimètre pouvait faire la différence entre la vie et la mort ! Il se concentra et, comme Irylin, chercha à localiser plus précisément l'origines des bruits infimes qui lui parvenaient. Un... Deux.. Trois. Ils étaient trois.
Et il ne comptait pas leur faire le plaisir de se jeter sur leurs lames.


--------------------------------------


La Voie.
Celle qui vibrait parfois en elle, si fort qu'elle se sentait pousser des ailes. Celle qui parfois -trop souvent !- se dérobait sous ses pieds.
Du bout du doigt, il en avait tracé une bribe pour elle. C'était toujours l'effet qu'avait sur elle la poésie marchombre, celui d'un baume apaisant presque magique qui lui rappelait l'existence de la Voie, sa proximité.
La tension qui s'était installée en elle se relâcha doucement, lui rendant l'accès à la finesse de ses sens. La main qui enserrait son poignet s'était relâchée, de façon infime. Un instant plus tôt, elle ne s'en était pas rendue compte et pourtant, c'était comme une évidence.

~¤~

Liam sourit.
Il avait perçu l'infime relâchement de son apprentie, devinait que c'était en lien avec ce qui avait été tracé au sol. Une poésie marchombre, sans doute.
L'envoyer là n'était donc pas une mauvaise idée...

~¤~

Elle aurait pu se dégager brutalement, et quelques instants plus tôt, elle l'aurait fait sans la moindre hésitation.
Elle n'en avait plus envie.
Il ne lui voulait aucun mal, lui.
Pas plus que Liam d'ailleurs.

"Quelles leçons as-tu apprises, jeune fille ?"
Lui apprendre, tel était le seul but de cette manœuvre. Lui apprendre, pas l'humilier, ni la briser, encore moins l'éloigner de la Voie. Juste lui apprendre... Mais quoi au juste ?

"Quelles leçons as-tu apprises, jeune fille ?"
Doucement, Shyna dégagea sa main et se redressa, sans quitter des yeux le marchombre. Au lieu de se relever totalement, elle resta assise en tailleur et réfléchit.
Elle s'était précipitée, certaine que si Liam l'envoyait intercepter l'intrus de façon si désinvolte, cela signifiait qu'il n'y avait aucun danger. Elle avait eu hâte de prouver qu'elle pouvait le faire. Elle avait donc commis au moins deux erreurs.

"Quelles leçons as-tu apprises, jeune fille ?"
Elle prit une inspiration, chassa la peur et refoula la frustration pour ne garder qu'un soupçon de colère, juste de quoi rester combattive.


- Toujours prendre le temps d'évaluer son adversaire.
répondit-elle enfin. ... Mais ce n'était pas une raison pour me mettre par terre. ajouta-t-elle.

Quoi que. Peut-être, si elle avait été un tout petit peu plus disponible, aurait-elle pu s'arranger pour retomber sur ses pieds. Et sans doute se serait-elle évité d'être prise si elle avait été plus prudente...
avatar
tapache
Admin

Messages : 81
Date d'inscription : 05/11/2011
Age : 26

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Tapache, tout simplement
Vie:
66/100  (66/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par Elawin le Ven 6 Juin - 11:22

Un sifflement caractéristique retentit près d’elle. Irylin venait de décocher une flèche en direction du cliquetis incessant qui résonnait non loin. Un second chuintement puis le silence revint.
Ephémère.

La perte de l’un d’entre eux exacerba la colère des marcheurs restants. L’air vibra furieusement et un concert de sinistres cliquetis se fit entendre.

Libérant son souffle, Isys ouvrit les doigts. Le fer qu’elle retenait bondit en avant, suivi de près par un autre. Les sons mats qu’ils renvoyèrent confirmèrent à la Faëlle qu’elle avait visé juste.

Puis elle se tourna légèrement, écoutant le piétinement des chevaux et leurs respirations inquiètes, auxquels s’ajoutèrent plusieurs claquements secs.
Tentacules fouettant l’espace.
Leurs ennemis venaient de changer de stratégie, se rapprochant maintenant dangereusement des équidés.

La jeune femme hésita. Leurs montures ne couraient aucun danger, elle le savait, mais leurs adversaires étaient désormais trop proches pour risquer un tir de flèches.

Isys soupira et ferma les yeux pour se concentrer exclusivement sur son ouïe. Elle capta les souffles équins, les sépara des bruits métalliques des marcheurs, les écouta. Puis sans prévenir, elle s’élança en courant sur la gauche, s’immobilisa brutalement comme pétrifiée avant de repartir à nouveau pour revenir à son point de départ. Elle effectua ensuite la même manœuvre sur sa droite pour localiser avec précision les sons qu’elle avait enregistré.

Son étrange manège n’avait duré qu’une poignée de secondes.
Elle savait maintenant.
Sans hésitation, elle encocha un fer, amena la corde jusqu’à sa joue. Et ouvrit les doigts.
La flèche cingla les airs avec un sifflement aigu et se ficha profondément dans un crâne, stoppant net un cliquetis rageur.
Mortelle.

~¤~

Suivant de près son ami, Nathaël capta l’atténuation de la respiration de Nerel. Leurs adversaires devaient être proches. Tout proches. Le Frontalier effaça à son tour son souffle et sa présence. Devenu presque parfaitement silencieux, il remarqua alors trois légers bruissements.
Différents de ceux laissés quelques secondes auparavant par les pas de son compatriote sur le sol mouillé.

Avec une lenteur calculée et millimétrée, il sortit son sabre du fourreau, attentif à ne produire aucun son et à limiter au maximum le déplacement d’air que cela pouvait engendrer.
Puis il plongea dans l’Imagination. Le plus discrètement possible, il s’orienta dans les Spires en masquant sa présence, trouva rapidement ce qu’il cherchait et se tint à l’affût.
Il était prêt à faire basculer ses créations dans la réalité au moindre mouvement.
Son sabre et son esprit en parfaite osmose, il attendit.

Proches ou légèrement en retrait, redoutables combattants ou brigands suicidaires, leurs adversaires ne lui échapperaient pas…

~¤~

Avec un rictus mauvais, le Mercenaire observa leurs proies se rapprocher. Elles ressemblaient à deux fauves prêts à bondir et une flamme sauvage brillait dans leurs prunelles.
Mais elles ignoraient tout de lui.
Et cela allait leur être fatal…


--------------------------------------


La tension qui émanait de la jeune femme reflua lentement laissant place à l’apaisement. Puis avec douceur, la Frontalière dégagea son poignet de la main du marchombre et s’assit en tailleur, sans le quitter des yeux.
Attentif à ses moindres réactions, Ilhano soutint son regard. Il pouvait presque visualiser le cheminement des pensées de l’apprentie.

Les courbes n’étaient jamais aisées à prendre, mais elles étaient nécessaires à la progression.
Une phrase de son maître lui revint en mémoire et l’ombre d’un sourire flotta fugacement sur ses lèvres.

Celui qui croit savoir n’apprend plus.

La suffisance et la perfection étaient les ennemis des marchombres. L’un comme l’autre finissait par bloquer le cheminement. Leurs contraires, la dépréciation et le non dépassement de soi, pouvaient eux aussi être des freins.
Tout était question de mesure, d’équilibre. Un autre souvenir refit surface. La leçon d’un troll offerte à la célèbre Ellana Caldin :

Le doute est une force. Une vraie et belle force. Veille simplement qu'elle te pousse toujours en avant.

Le marchombre sourit intérieurement et reporta son attention sur les prunelles brunes qu’il n’avait pas quittées.

Après quelques instants de réflexion, la Frontalière gomma lentement, une à une, les émotions négatives qui voilaient son regard, ne conservant volontairement qu’une étincelle de colère.
La tempête s’était calmée…
L’exercice pouvait continuer.

Et en effet, la jeune femme prit la parole pour enfin répondre à la question qu’Ilhano lui avait posée.

Le maître marchombre sourit en percevant le soupçon de colère qui émanait maintenant de ses mots. D’une voix calme, il déclara :


- Une courbe doit être vécue pleinement pour être harmonieuse. Une simple immobilisation de ton poignet t’aurait seulement permis de l’entrevoir. Et le discours le plus convaincant n’en aurait même pas entrebâillé la porte.


Puis il interrogea à nouveau :


- Evaluer son adversaire est en effet essentiel. Tires-tu d’autres enseignements ?


~¤~

Eryn était trop loin pour apercevoir les lignes qu'avait dessiné l'homme dans la poussière. Cependant, elle remarqua le relâchement infime de sa compatriote et l'entendit répondre à la question qui lui avait été posée.

Pensive, elle étudia avec plus d'attention l'individu au regard bleu. Il dégageait quelque chose d'étrangement similaire à l'aura de celui qui se tenait non loin, ses prunelles orangées braquées sur les silhouettes près du saule. Et ses gestes, empreints de finesse et d'une grâce sauvage, faisaient irrésistiblement penser à un félin indomptable.
avatar
Elawin
Scribouillard du dimanche

Messages : 44
Date d'inscription : 28/10/2012
Age : 31

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Elawin
Vie:
100/100  (100/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par tapache le Lun 9 Juin - 13:00

Irylin avait perçu la manœuvre de son amie et elle entendit nettement l'impact des deux flèches. Un court silence suivit cet instant, puis les sifflements et les claquements des tentacules fouettant l'air reprirent de plus belle, s'approchant dangereusement.
Se déplacer devenait dangereux, tirer droit était impossible sans risquer d'atteindre les chevaux. La Faëlle se remémora rapidement la disposition du campement, la distance à laquelle étaient les chevaux, la brise qui soufflait au-dessus de la combe...
Elle encocha trois flèches et visa les nuages, laissant filer les trois traits dans la brume qui les surplombait.
L'instant suivant parut s'étendre à l'infini, empli de cliquetis et de sifflements menaçants. Irylin écoutait, le cœur battant. Normalement, elle n'avait pas fait d'erreur. Le tir à l'arc était inscrit en elle, rares étaient les Faëls qui n'étaient pas capables de toucher une cible... Mais il suffisait d'une variation du vent, d'une erreur d'angle, d'une tension de l'arc légèrement différente pour que...
Trois impacts mirent fin à son inquiétude grandissante et aux derniers cliquetis en face d'elles. Elle ignorait combien de marcheurs elle avait atteint, mais le silence attestait qu'il s'agissait du ou des derniers.
Le tintement des lames s'entrechoquant lui rappela que tout n'était pas terminé.

~¤~

Le coup était rapide mais mal ajusté, Nerel le para sans peine malgré l'obscurité. Son adversaire était redoutable, le coup qu'il avait porté était parfait pour la situation : rapide, puissant, s'il avait été mieux ajusté Nerel se serait trouvé en difficulté.
Mais il l'informait aussi que celui qu'il combattait n'était pas mieux loti que lui.
Faisant tournoyer son sabre tandis qu'il entendait Nathaël engager lui aussi le combat, Nerel lança plusieurs attaques rapides tout en se déplaçant, focalisé sur le souffle qu'il percevait. S'il arrivait à fatiguer son adversaire, il le rendrait à la fois plus lent et plus repérable, et il pourrait alors...
Attaque !
Abandonnant toute tentative d'attaque, Nerel se jeta sur le côté, écopant malgré tout d'une entaille peu profonde à la cuisse. Retrouvant son équilibre, il se mit à nouveau en garde, déconcerté par cet assaut soudain mené par un deuxième homme.
Un homme qui, sans un bruit, avait contourné les deux duels qui se jouaient. Un homme qui, sans la moindre hésitation, avait placé un coup de taille vertical qui lui aurait fendu le crâne s'il n'avait pas capté l'infime sifflement de la lame dans l'air.
Un homme qu'il n'arrivait pas à localiser.
Et son premier assaillant revint sur lui, toujours aussi violent, toujours approximatif, obligeant malgré tout le Frontalier à une vigilance accrue. Une autre attaque viendrait, il en était certain, mais quand ? Et comment cet homme faisait-il pour agir avec tant d'aisance malgré l'obscurité ?
Il aurait tout donné pour alerté Nathël, mais parler représentait un risque bien trop important...


--------------------------------------


Shyna ne répondit rien à la première remarque du marchombre. Elle portait les couleurs de l'évidence et de la vérité, et n'attendait aucun commentaire, elle le savait.
Elle réfléchit un instant encore et plusieurs images s'imposèrent à elle. Toutes évoquaient Liam, Liam lorsqu'il grimpait, Liam lorsqu'il marchait, Liam qui, soudainement, n'était plus là... et réapparaissait ailleurs.


- Ma discrétion laisse à désirer. déduisit-t-elle, songeant à la facilité déconcertante avec laquelle le marchombre l'avait interceptée.

Mais après tout, n'avait-elle pas conscience de cette faiblesse depuis longtemps ? Ne s'était-elle pas simplement voilé la face en refusant d'y penser ?

Tu devras être rapide, c'est tout. Pas besoin d'être plus discrète que tu ne l'es déjà, tu perdrais du temps. Retiens bien ça, rapide, et le premier coup doit mettre fin au combat.

Elle sentit son rythme cardiaque accélérer. Jamais Liam n'aurait approuvé un tel discours. Il lui disait sans cesse de prendre le temps de bien faire les choses, de ne pas se précipiter, de simplement chercher à être "dans le temps", ni trop rapide, ni trop lente. Combien de fois lui avait-il reproché son impatience ?
Mais elle avait gardé cette contradiction au fond d'elle, sans jamais la percevoir avec autant de netteté.
La courbe s'affinait.
avatar
tapache
Admin

Messages : 81
Date d'inscription : 05/11/2011
Age : 26

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Tapache, tout simplement
Vie:
66/100  (66/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par Elawin le Mer 11 Juin - 16:45

Trois sifflements suivis de trois impacts retentirent près d’Isys, qui ne sourcilla pas. Elle connaissait leur origine et leur destination. Le silence qui s’abattit ensuite sur la combe confirma, s’il l’eût fallu, que les traits avaient parfaitement trouvé leur cible.

La Faëlle lâcha un soupir de soulagement, qui fut stoppé net par un crissement furieux. Caractéristique de l’acier croisant le fer.
Sans réfléchir davantage, Isys s’élança en avant en direction des tintements de lame qui se succédaient sèchement à plusieurs mètres.
Une once de culpabilité la traversa fugacement en songeant qu’elle n’avait pas attendu Irylin mais elle disparut rapidement. Sa compatriote allait en faire de même, elle le savait.

Elles devaient faire vite. Elles ignoraient tout du nombre d’adversaires auxquels Nerel et Nathaël devaient faire face. Leur identité aussi leur était inconnue.
Leurs amis couraient peut-être un grave danger…

~¤~

A l’instant même où un sifflement feutré se fit entendre, Nathaël se sentit glisser et fut brutalement expulsé de l’Imagination. Parant simultanément le fer meurtrier qui fusait vers son ventre, il tenta une nouvelle plongée dans les Spires. Là encore, il eut l’impression de se tenir sur une pente savonneuse, lui interdisant toute résistance.
Une nouvelle attaque, plus violente que la première, le poussa à reculer.
Le Frontalier étouffa un juron.
Leurs adversaires venaient d’attraper un gommeur. Mais comment ? Il y avait à peine une minute, l’Imagination était parfaitement disponible.

Un chuintement derrière lui mit brutalement fin à ses réflexions et l'obligea à plonger au sol. Il était temps ! L’acier mortel effleura son épaule droite, le manquant de peu.
Il devait se concentrer davantage. Si son premier adversaire lui avait semblé un peu gauche, celui qui se trouvait derrière lui était en revanche dangereusement adroit.
Pourtant l’obscurité était totale, le Frontalier ne distinguait même pas son ami !
Il n’était plus temps de réfléchir.
Fermant les yeux, le jeune homme fit taire ses pensées et écouta la nuit.

Il capta tout d’abord des respirations. Quatre pour être plus exact. Donc trois ennemis.
Cependant… Les souffles qu’il percevait se trouvaient devant et près de lui, mais certainement pas derrière lui.
Il y avait un quatrième adversaire, c’était la seule explication.

Un sifflement retentit et d’un geste vif, il roula sur sa gauche avant de se relever en position de garde.
Que faire ? Il ne parvenait pas à localiser précisément le plus habile, celui que se tenait dans son dos. Et en même temps, il devait se défaire de l’attaquant qui lui faisait face.

~¤~

Le Mercenaire contemplait ses cibles avec jubilation. Il avait décidé de s’amuser un peu avec ses proies avant de les achever.
Un rictus carnassier déforma ses traits. Par lequel de ces minables allait-il commencer ?
Il observa les deux Frontaliers. Une aura similaire se dégageait de chacun d’eux.
D’un geste presque parfaitement silencieux, il propulsa deux poignards en direction de ses victimes.
Deux lignes de feu s’inscrivirent dans les chairs de Nerel et de Nathaël.
Son sourire malsain s’élargit.
Cette chasse s’annonçait passionnante !

~¤~

Une ombre contemplait les cinq belligérants, sans même prendre la peine de dissimuler sa présence. Une répugnante créature, croisement incertain entre un crapaud et une limace, reposait sur son épaule gauche.
Cette fois, ils n’avaient aucune chance…


--------------------------------------


Le sourire du maître marchombre s’élargit suite à la réponse de la jeune fille. Effectivement, sa discrétion était à retravailler.


- En effet ! approuva-t-il.

Il se tut pour permettre à l’apprentie de poursuivre sa réflexion mais cette dernière semblait à nouveau plongée dans ses pensées. Mais cette fois, aucune tension autre que l’once de colère qu’elle avait conservée n’émanait d’elle.

Son regard se porta sur l’autre Frontalière qui les regardait attentivement depuis le début. Il la détailla quelques secondes avant de glisser vers l’homme qui se tenait non loin de cette dernière.

Le lagon rencontra la lave et se lia à elle, aussi facilement que la noyade dans laquelle les deux éléments avaient attiré bon nombre de prunelles.

Ilhano et Liam. Liam et Ilhano.
Deux océans de finesse, d’harmonie, de fluidité.
Deux âmes indomptables, libres.
Deux maîtres marchombres.
Mais surtout, deux amis.

Les mots étaient bien souvent inutiles entre eux. Ils se comprenaient d’un geste, d’un regard, d’un sourire.
Et celui d’Ilhano invitait maintenant Liam à les rejoindre, lui et la jeune fille toujours assise en tailleur sur le sol.

~¤~

Eryn observait l’homme qui se tenait auprès de sa compatriote, lorsque son regard croisa le sien. Elle fut frappée par la couleur bleu électrique de ses prunelles, encore rehaussée par le contraste qu’offrait ses cheveux de jais, et qui dégageait une force magnétique.

Elle ne parvenait pas à se détacher de ce regard pénétrant qui semblait lire en elle comme dans un livre ouvert, alors qu’elle-même ne distinguait rien d’autre qu’un océan céruléen à la transparence trompeuse.

Lorsque le contact se rompit, la Frontalière suivit machinalement les yeux de son interlocuteur et se tourna dans la direction qu’ils suivaient. Son attention s’arrêta alors sur celui qui avait veillé sur elle.
Les deux hommes se connaissaient-ils ?
avatar
Elawin
Scribouillard du dimanche

Messages : 44
Date d'inscription : 28/10/2012
Age : 31

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Elawin
Vie:
100/100  (100/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par tapache le Mar 24 Juin - 10:59

[enfin...
C'est tout pourri mais au moins, c'est posté. T_T ]

Même si Isys avait proposé à son amie de l'accompagner à la suite de Nerel et Nathaël, celle-ci aurait décliné la proposition.
Entendant sa compatriote s'éloigner rapidement, Irylin resta immobile un instant, les sens en alerte.
Elles s'étaient réfugiées contre la paroi la plus abrupte de la combe, qui les protégeait d'éventuelles attaques des arbalétriers. Mais le tintement des aciers s'entrechoquant indiquait clairement que les deux Frontaliers avaient trouvé leurs assaillants et qu'ils en étaient venus à d'autres armes.
Se jeter dans un combat à l'aveuglette n'enchantait pas Irylin, c'est pourquoi, au lieu de mettre ses pas dans ceux de ses trois camarades, elle se retourna et entama l'escalade de la paroi après avoir accroché son arc dans son dos. L'entreprise, bien que rendue plus difficile par l'absence quasi totale de lumière, n'était pas très périlleuse : la pente n'était pas d'une parfaite verticalité et les arbustes qui y poussaient en nombre offraient des prises plus que suffisantes. Irylin restait prudente malgré tout, soucieuse d'être aussi discrète que possible.
Une fois son ascension terminée, elle ne put s'empêcher d'être déçue : il faisait nuit noire et aucune lueur n'éclairait les lieux de l'affrontement. Elle était donc d'une inutilité parfaite...
Mais pourquoi Nathaël ne faisait-il pas usage de son Don pour éclairer les lieux ?
Une nouvelle fois, Irylin prit le temps d'écouter.
Les pas des hommes se battant non loin produisaient des bruissements étouffés sur le sol. Elle identifia sans peine deux paires d'adversaires -sans doute Nath et Nerel avaient-ils chacun trouvé un ennemi à combattre-, dont les pieds se posaient parfois avec maladresse sur le sol inégal. Elle entendit ensuite Isys, à l'avancée discrète et feutrée. Et puis... Un troisième ennemi, sans le moindre doute. Mais celui-ci se mouvait avec tant d'aisance qu'elle arrivait à peine à percevoir ses pas, comme s'il était capable de choisir avec précision où et comment poser ses pieds pour rester silencieux.
Et puis, enfin, elle ressentit une dernière personne. Immobile, celui ou celle qui se tenait à quelques pas du combat dégageait une aura malsaine qui, à elle seule, suffisait à trahir sa présence. Mais il ne faisait aucun doute que Nerel et Nathaël, trop occupés par leur combat, ne pouvaient réaliser qu'un quatrième ennemi était là...

~¤~

N'eut été cet autre adversaire, Nerel n'aurait pas été en difficulté. Celui qu'il affrontait directement devait faire face aux mêmes difficultés liées à l'obscurité, ils devaient tous deux prendre les mêmes précautions, et adapter leurs attaques en fonction des mêmes paramètres.
Mais il y avait l'autre. En deux attaques, il lui avait laissé deux cuisantes entailles, l'une à la cuisse et l'autre à l'épaule, l'une avec son sabre et l'autre avec un poignard qu'il avait lancé. Et il ne faisait aucun doute qu'il poursuivrait ses attaques de la même façon.
Nerel attaqua avec plus de fougue, attentif au moindre bruit, au moindre souffle d'air qui pourrait lui offrir une indication. Il devait se débarrasser de son adversaire au plus vite s'il voulait survivre à l'autre.
Il devait se débarrasser des deux s'il voulait sauver Shyna.
Portée par cette pensée, sa lame fusa à nouveau, plus rapide, plus précise, tandis qu'il effaçait son épaule gauche pour esquiver un coup de taille.
Il sentit nettement le mouvement d'air provoqué par l'arme qui le frôla, aussi nettement qu'il sentit un contact différent au bout de son sabre : pour la première fois de ce combat, l'un de ses coups avait porté.
La blessure de son adversaire ne devait pas être très grave cependant, puisqu'il réattaqua dans la foulée. Mais le Frontalier perçut la fébrilité de l'attaque, la nervosité toute nouvelle de son opposant. Il l'avait déstabilisé. Il pouvait gagner.


--------------------------------------


Le regard de Shyna alla de Liam au marchombre qui lui faisait face, et inversement, plusieurs fois le temps de l'échange muet entre les deux hommes.
La Frontalière fronça les sourcils, et sentit la colère bouillonner à nouveau en elle. Non seulement Liam savait qu'il l'envoyait vers un adversaire redoutable, mais plus que ça, ils se connaissaient ! Cela ne faisait aucun doute, au vu de leur échange silencieux...
À moins que tous les marchombres soient capables de ce genre de chose ?
Non, Shyna en doutait. Quelque chose lui soufflait que rares étaient les marchombres ayant la valeur de Liam.

~¤~

Liam, s'il saisit parfaitement le message d'Ilhano, ne manqua rien de la flamme rageuse qui s'était rallumée dans les prunelles de son apprentie.
Il se contenta de sourire intérieurement, puis orienta son regard vers la jeune Frontalière restée auprès de son étalon.
Différente. Différente de ses compatriotes, différente des Alaviriens, et cette différence était familière au Maitre Marchombre.
Elle vibrait d'Harmonie, de Courage et de Volonté.
Et elle vacillait de doutes, de recherches infructueuses et d'espoirs vains.
Tout en se mettant en marche vers Shyna et Ilhano, il invita Eryn à le rejoindre. Il était temps de voir si son intuition était la bonne...
avatar
tapache
Admin

Messages : 81
Date d'inscription : 05/11/2011
Age : 26

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Tapache, tout simplement
Vie:
66/100  (66/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par Elawin le Dim 13 Juil - 17:36

Isys s’arrêta rapidement de courir et écouta la nuit avant de reprendre sa progression avec lenteur et discrétion. Les crissements brefs de l’acier et le son étouffé de pas sur le sol mouillé lui indiquaient qu’elle n’était plus très loin.

Effaçant sa respiration, elle s’avança le plus silencieusement possible, puis lorsqu’elle s’estima suffisamment proche des affrontements, elle s’arrêta, dissimulée dans le feuillage d’un buisson.
Ses amis et leurs adversaires étaient maintenant juste là. Mais comment distinguer l’identité de chaque belligérant ? Les semelles hésitantes, près d’elle, qui se posaient par intermittence sur la terre boueuse appartenaient-elle à un ennemi ? Ou à Nery’, à Nath’ ?
Comment savoir ?

Et Irylin ? Ou était-elle ? Elle ne l’avait pas suivie mais Isys ne doutait pas que son amie était elle aussi dans les parages.

La Faëlle réfléchit. Elle n’avait aucun moyen de savoir à qui appartenait le souffle légèrement saccadé qu’elle entendait près d’elle. Et il était hors de question de rester sans rien faire.
Elle n’avait pas le choix.

Sans bruit, elle sortit ses deux poignards. Puis avec prudence, elle s’approcha très lentement, attentive à n’émettre aucun son susceptible de trahir sa présence.
Elle s’arrêta de nouveau.
Elle était prête.

Libérant doucement son souffle, elle souffla quelques notes d’un air faël qui s’éleva dans le ciel nocturne. Une musique pure et envoûtante s’envola vers les étoiles, suspendant le temps dans un murmure d’éternité.

Puis le silence revint.

~¤~

Le Frontalier étouffa un grognement de colère lorsqu’un trait acéré siffla non loin de son visage, lui entaillant une épaule.
Il n’avait pas le choix, il devait se débarrasser de celui qui lui faisait face, pour s’occuper ensuite du deuxième dans son dos.

Mu par une volonté farouche, il passa à l’attaque. Délaissant l’Imagination devenue inutile, il focalisa toute son attention sur son opposant et sur les sons qu’il percevait à travers les ténèbres nocturnes.
Son sabre décrivit une large courbe, sans rencontrer de résistance, avant d’émettre un bruit mat, étouffé, rapidement suivi d’une exclamation de surprise et de douleur mêlées.
Remerciant mentalement son adversaire pour ce précieux indice auditif, Nathaël effaça avec aisance son buste, évitant ainsi le fer qui le ciblait.
Le déplacement d’air provoqué par l’acier ennemi caressait encore son torse quand le Frontalier porta à son tour un violent estoc. A cet instant, le jeune homme crut entendre un infime grondement, si bref qu’il doutât de sa réalité. Mais le contact qu’il avait ressenti de la pointe de son arme ne laissait pas de place au doute. Son coup avait trouvé sa cible…

Déstabilisé par cet assaut féroce auquel il ne s’attendait pas, le Mercenaire retint de justesse le grognement rageur qui montait dans sa poitrine. Il n’allait tout de même pas commettre la même erreur deux fois de suite.
La douleur le força à serrer les dents. Le Frontalier avait touché son épaule gauche et le fer s'était fiché dans sa chair, ouvrant une plaie de petit diamètre mais gênante, juste entre la clavicule et l'acromion.
Perdre contre ce gamin…
Une colère sourde s’empara de lui. Il allait lui faire mordre la poussière. Cet insolent le supplierait bientôt de lui laisser la vie sauve…

~¤~

Le Mercenaire observa une seconde les deux Frontaliers. Ils se débrouillaient bien malgré l’obscurité et rendaient coups pour coups, sans se laisser distraire par l’acier qui frôlait parfois leurs chairs.

Il était temps de leur rappeler qui était le maître ici. Un rictus cruel se dessina sur ses lèvres et d’un geste violent, il propulsa quatre nouveaux poignards en direction cette fois des chevilles de ses victimes.

Son sourire s’élargit. Si l’un des deux traits destinés au premier Frontalier avait manqué sa cible, le second avait creusé une profonde plaie au dessous de la malléole. Le jeune homme avait en effet capté au dernier moment l’attaque mais son esquive n’avait pas été assez rapide et au lieu de toucher le tendon d’achille, le fer avait dérapé sur le côté.
Le Mercenaire tourna la tête vers sa seconde proie…

~¤~

Finalement, il avait envie de voir comment s’en sortait tout ce petit monde. Sans un bruit, il s’assura de la présence du gommeur sur son épaule. Puis il disparut.

Une fraction de secondes plus tard, une silhouette élancée d’envergure se dessinait en place et lieu du Mercenaire tandis qu’un bruissement d’ailes se faisait entendre, avant de disparaître.

Le silence retomba sur la combe. Deux petits points lumineux s’allumèrent dans l’obscurité, en hauteur, à quelques mètres au-dessous d'une grosse branche…


--------------------------------------


Le maître marchombre reporta son attention sur la jeune femme toujours assise près de lui. Une nouvelle flamme de colère brûlait dans son regard, qui se posait alternativement sur Liam et Ilhano.

Ce dernier retint un sourire. Cette fois, le courroux de l’apprentie était bel et bien dirigé contre Liam. Et la cause était plus qu’évidente. Elle lui en voulait d’avoir sciemment omis l’identité et les capacités de « l’intrus ».

L’approche de Liam sortit Ilhano de ses pensées. Il remarqua ce faisant l’invitation que son ami adressa à la jeune Frontalière debout près de la fontaine. Le marchombre avait-il une idée derrière la tête ?

~¤~

L’échange muet qui se jouait devant elle confirma ses doutes. Ces deux hommes se connaissaient. Cela expliquait peut-être la curieuse similitude de leur aura et de cette force qui se dégageait d’eux.

Son regard rencontra à cet instant les prunelles orangées. Elle se sentit une nouvelle fois mise à nue, comme si lui aussi pouvait lire en elle. Etait-elle donc si prévisible, si aisément décryptable ? A cette idée, elle balança une seconde entre l’agacement et le détachement, avant d’opter pour ce dernier. Elle avait encore beaucoup à apprendre, elle le savait, et ces deux hommes au regard pénétrant étaient bien loin devant elle. La fourmi pouvait-elle en vouloir à la montagne de la surplomber ?

L’invitation du jeune homme à le suivre mit fin à sa réflexion et fit naître en elle une once de surprise. Ce fut donc avec curiosité qu’elle se dirigea à sa suite vers le saule.
avatar
Elawin
Scribouillard du dimanche

Messages : 44
Date d'inscription : 28/10/2012
Age : 31

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Elawin
Vie:
100/100  (100/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par tapache le Jeu 14 Aoû - 22:59

[bouahaha ! Eh bah c'est pas dommage, j'ai enfin réussi à m'y mettre !!
S'il y a quoi que ce soit qui te dérange, n'hésite pas à m'en faire part ! Wink

Tiens et, chose amusante, en relisant le RP j'ai découvert l'une des différences majeures entre Shyna et Tishyam. Et elle sera très intéressante à exploiter dans le futur... ^^ ]

Les blessures que le Mercenaire lui avait infligé commençaient à se faire sentir. Chaque pas sur sa cheville blessée lui arrachait une grimace silencieuse, chaque goutte de sueur s'aventurant sur ses plaies provoquait une désagréable sensation de brûlure, mais le Frontalier n'était pas décidé à lâcher. Malgré l'effort qu'il fournissait, il gardait son souffle réduit au maximum, cherchant à profiter de la respiration de plus en plus audible de son adversaire.

Et puis, soudain, une mélodie douce s'éleva sur le champ de bataille. Une mélodie qu'il aurait reconnu au milieu du plus bruyant vacarme, et qui sonnait comme un doux espoir au cœur de ce silence mortel.
Un chant Faël.
Irylin ou Isys.
Juste à côté.
Et connaissant son amie, il se doutait bien que ni elle, ni sa compatriote n'aurait risqué de se faire repérer de la sorte si elles n'avaient pas eu un plan, une option d'attaque.

~¤~

Irylin se redressa.
Isys venait de briser le pesant silence qui régnait en maitre sur les lieux, seulement ponctué du tintement des aciers s'entrechoquant. Et dans le même temps, elle avait figé les deux combats qui se jouaient, surprenant les quatre adversaires.
Lentement, par gestes mesurés, elle sortit son poignard de son fourreau. Grâce au chant Faël, elle savait précisément où était son amie. Et il ne faisait aucun doute que, si Nerel et Nathaël n'auraient aucun mal à identifier l'origine de ce chant, il n'en allait pas de même des Mercenaires.
Tant de légendes planaient encore sur le peuple de la forêt de Baraïl, certaines véridiques et d'autres totalement surfaites...

Après une hésitation, elle entendit deux mouvements précipités, accompagnés de près par le sifflement de deux lames dans l'air. Ils avaient changé de cible.
Irylin s'élança.
Le sol était trop humide, trop irrégulier pour une course silencieuse. Mais Isys était toute proche et les Mercenaires, rapides. La faëlle, sans hésiter, avait privilégié la voie des airs, consciente que son atterrissage ne se ferait pas dans la discrétion, consciente de ne pas être totalement indétectable une fois dans les airs, mais consciente aussi que les Mercenaires ne s'attendraient ni à une telle manœuvre, ni même à l'intervention d'une quatrième personne.
Elle barra la route à l'un des deux mercenaires, interrompant net sa course à l'encontre d'Isys. L'acier frôla son bras à l'instant où elle toucha le sol, mais son poignard s'enfonça profondément dans des chairs dont elle ignorait la nature. Torse ? Bras, jambe ?

Le Mercenaire qui l'avait attaquée étouffa un cri de douleur. Après la lame du Frontalier, qui avait glissé sur ses côtes sans provoquer de dommage mais en ouvrant une cuisante estafilade, voilà qu'un adversaire tombé de nulle part lui transperçait l'avant-bras dès la première attaque. Il se dégagea brutalement, et fendit l'air d'un coup puissant, presque certain de la position de son attaquant...
Il ne trancha qu'une fougère.
Irylin avait bougé, insaisissable, silencieuse, consciente que sa souplesse et sa discrétion étaient des atouts cruciaux dans le combat qu'elle venait d'engager.


--------------------------------------


D'un pas calme, Liam rejoignit Ilhano et Shyna. Celle-ci se redressa d'un bond à l'instant où il arrivait près d'elle, et se ficha en travers de son chemin. Elle vrilla dans le regard orangé du maître Marchombre ses prunelles sombres où brûlait une flamme de mauvais augure.
Liam s'arrêta, et esquissa un sourire.

- Aurais-tu un problème, jeune apprentie ?...

- ... Oui. Vous n'avez pas fait les présentations.
répondit Shyna sans humour, mais sans exploser pour autant. Liam sourit de plus belle.
- Ne crois-tu pas que nous devrions attendre notre quatrième camarade pour ça ?...
suggéra-t-il, désignant d'un mouvement de tête Eryn qui s'approchait.

Shyna tourna la tête, dévisagea un instant sa compatriote, puis poussa un bruyant soupir et se détourna en croisant les bras, non sans lancer à Liam un regard qui signifiait clairement qu'elle ne considérait pas l'incident clos, et qu'il entendrait à nouveau parler de cette histoire.

Liam, lui, ne cessa pas de sourire, et l'océan doré de ses yeux pétillait de malice. Il aimait jouer avec le caractère de la jeune fille, pour mieux le polir, et l'amener à n'être plus qu'une force, et non une prise pour d'éventuels manipulateurs.
Son sourire fana un peu en constatant que le ressentiment de Shyna promettait d'être tenace.
Il aimait jouer, mais parfois, il n'aimait pas vraiment ce qu'il découvrait...
avatar
tapache
Admin

Messages : 81
Date d'inscription : 05/11/2011
Age : 26

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Tapache, tout simplement
Vie:
66/100  (66/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par Elawin le Dim 17 Aoû - 21:37

La tactique d’Isys était simple. Simple mais dangereuse : elle voulait détourner l’attention de leurs adversaires pour offrir à Nath’ et Nery’ un peu de répit et surtout une fenêtre de liberté, pour rétablir l’équilibre. Elle avait en effet capté six rythmes de respiration différents. Si elle ôtait ses amis, le compte d’ennemis tombait à quatre. Le combat était inégal, il fallait donc renverser la situation.
Cependant, la Faëlle n’ignorait pas qu’en révélant ainsi sa position, elle devenait une proie facile. Mais elle comptait justement sur cette apparente faiblesse pour endormir la prudence de ses opposants.

Son plan fonctionna à merveille. Surpris par ce chant mélodieux sortant de l’obscurité, deux mercenaires avaient fait volte face et s’étaient précipités dans sa direction. Quant aux autres souffles que la jeune femme avait perçu, ils étaient demeurés distants, du moins pour quatre d’entre eux. Le cinquième semblait s’être brusquement volatilisé.

Mais Isys n’eut pas le temps d’y réfléchir davantage. Un déplacement d’air conséquent lui apprit que son adversaire était maintenant tout proche. Parée à l’assaut, elle se mit en garde, attentive au moindre bruit.
A l’instant où un sifflement caractéristique vrillait l’air non loin d’elle, elle repéra une nouvelle respiration et une exclamation étouffée. Etait-ce le fait d’Irylin ?
Effaçant son buste de la trajectoire mortelle, elle asséna un violent coup de poignard sur le côté tout en pivotant sur elle-même. Son geste fut légèrement ralenti par l’impact de sa lame sur une matière indéterminée avant de retrouver sa liberté. Elle avait touché son ennemi.

Soudain, un courant d’air caressa son avant-bras. Le Mercenaire avait riposté, mais son attaque manquait de précision. La Faëlle réalisa alors à quel point l’issue de ce combat dépendait de sa concentration, de son agilité et de son silence, mais également de sa capacité à utiliser la plus petite information. Le moindre faux pas pouvait être fatal et le plus léger détail un atout décisif… Sans bruit, elle se repositionna, prête à bondir comme un félin sauvage sur sa victime.

~¤~

Alors que Nathaël esquissait une nouvelle attaque, quelques notes à la pureté éclatante s’envolèrent dans la nuit. Un bruit de pas précipités s'en suivit, en direction du chant qui avait brisé le silence.

Le Frontalier ne connaissait pas cet air, mais il reconnut instantanément la magie faëlle qui émanait de cette musique mélodieuse.

Tout en appréciant ces douces notes, le jeune homme réalisa la chance qui lui était ainsi offerte. Son ennemi s’était détourné. Nathaël n’avait plus à se défaire que d’un seul opposant.
Le jeune homme pivota donc sur lui même et se remit en garde.

A nous deux maintenant, songea-t-il.


--------------------------------------


Ilhano observa son ami le rejoindre, suivi de près par la jeune femme au regard saphir. A cet instant, la Frontalière assisse en tailleur se leva d’un bond pour faire barrage au maître marchombre. Une flamme de colère brillait à nouveau dans ses prunelles sombres.

Confiante, impatiente, téméraire… et susceptible ! Un joli cocktail, mais qui ne devait pas faciliter la tâche à Liam, ni à la jeune apprentie dans sa découverte de la Voie…

Ilhano sourit intérieurement et se surprit à se demander si l’autre Alavirienne avait un caractère similaire à celui de sa compatriote. Cette dernière se retourna ensuite vers lui, les bras croisés sur la poitrine, l’air farouche.

Le maître marchombre reporta son attention sur son ami pour voir sa réaction. Liam souriait, le regard pétillant. Il s’amusait de cette situation qui – Ilhano le devinait sans mal – ne devait pas être la première qu’il vivait avec son apprentie.

Il remarqua alors le léger retrait de ce sourire et s’interrogea sur sa signification. Etait-ce justement parce que la réaction de sa protégée est toujours identique dans ce genre de cas ? Peut-être la trouvait-il exagérée par rapport aux événements actuels ? Ou y avait-il autre chose ?

Sortant de ses pensées, Ilhano sourit, d’abord à l’attention de son ami puis ensuite à celle de la jeune femme qui venait de les rejoindre :

- Liam.


Il n’était pas nécessaire d’en dire plus. Les mots étaient souvent inutiles entre eux. Pour qui savait observer, ses prunelles d’azur témoignaient de la joie que suscitaient leurs retrouvailles.

~¤~

De loin, Eryn capta le bref échange entre le jeune homme et la Frontalière qui avait bondi pour se camper face à lui. Puis son regard croisa les prunelles sombres. Les deux jeunes femmes se dévisagèrent un instant.
Eryn lut d’abord dans les iris bruns de la contrariété, sans nul doute destinée à son maître marchombre. Puis l’agacement fit place à une certaine curiosité, au milieu de laquelle naquit une pointe de… Qu’était-ce ?
De la colère ? Non, ce n’était pas cela.
Du ressentiment ? Pas vraiment, cela semblait plus subtil, plus fin. Et en même temps, moins clair, plus confus. Comme si deux émotions plus ou moins contradictoires se mélangeaient.
Du soulagement ? Ce n’était pas exactement ce qu’elle lisait. De la… reconnaissance ?

Une image s’imposa soudainement à elle :

Elle regardait sa compatriote se battre face à un Mercenaire. Le temps d’un soupir, le monde se figea et leurs prunelles se croisèrent. Puis la réalité reprit le dessus.

Tout se déroula très vite.
Eryn propulsa ses derniers poignards vers le mercenaire pour l’empêcher d’achever les rangées de lances aux pointes acérées qui naissaient lentement au plafond. Mais il l’évita avec aisance tout en continuant de dessiner.

Elle n’avait pas le choix, si elle voulait le déconcentrer, elle devait être imprévisible.

Sans hésiter, elle se jeta sur lui.

Pourquoi ce souvenir était-il remonté à la surface ? Etait-ce à cause de ce trouble qu’elle lisait chez sa compatriote ? Cette dernière lui en voulait-elle d’être intervenue, tout en lui étant reconnaissante de l’avoir fait ?

La voix chaude de l’homme la détourna de sa réflexion et elle reporta son attention sur lui et sur le marchombre auprès duquel elle se tenait.
avatar
Elawin
Scribouillard du dimanche

Messages : 44
Date d'inscription : 28/10/2012
Age : 31

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Elawin
Vie:
100/100  (100/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par tapache le Dim 17 Aoû - 23:40

Le Mercenaire était tendu comme un arc, mais aussi furieux. La douleur irradiait dans tout son avant-bras, il sentait le sang goutter lentement de sa blessure, et à chaque goutte qui tombait dans les épines détrempées, sa colère augmentait.
Discret, son adversaire était discret. Mais ses pas, parfois, le trahissaient. Et il commençait à trouver ces repères dans ce monde d'obscurité.
Il attaqua, d'un coup d'estoc particulièrement audacieux... Et dut revenir en arrière rapidement, n'ayant absolument rien atteint.
Nouveau bruit, et il balaya l'espace du tranchant de sa lame. Rien.
Et puis, soudainement, un léger bruit sourd, un souffle mal étouffé... Il s'élança, remerciant son adversaire de cette information précieuse, ayant pu en localiser l'origine précise. C'était juste là, sur sa droite.
Silencieuse et mortelle, sa lame fendit l'air encore une fois, et termina sa course dans un bruit mat.

Un sourire étira les lèvres d'Irylin.
Lorsque le Mercenaire avait répliqué, il s'en était fallu de quelques millimètres pour qu'il ne l'atteigne. Elle savait qu'elle jouait un jeu dangereux en s'aventurant dans ce combat, mais sa malice imprévisible ne pouvait que la servir.
Elle
savait qu'il attaquerait lorsqu'il s'élança, lame tendue devant lui. Elle n'eut qu'à effacer le buste pour laisser filer la lame devant elle, avant de se déplacer à nouveau.
Elle
savait qu'il ferait une nouvelle tentative un instant plus tard, et s'abaissa au ras du sol pour éviter la lame qui sifflait.
Elle le savait, parce qu'il faisait exactement ce qu'elle espérait.
Parce que ses erreurs de discrétion n'étaient que des appâts lancés volontairement, et que toute son attention était tendue vers la réponse que le Mercenaire leur donnait.
Elle sentait sa colère et sa frustration, et modelait ces émotions négatives, les affûtait pour en faire ses propres armes.
Après un déplacement dans un parfait silence, elle avait rejoint le résineux tout proche, et s'était élancée. L'appui qu'elle avait pris sur une branche basse avait provoqué un bruit sourd, et elle avait laissé échapper un souffle en prenant son élan.
Lorsqu'il s'était retourné et avait fendu l'air de sa lame, elle avait déjà crocheté la branche supérieure et, d'une traction, s'était placée hors de portée.
Le sabre du Mercenaire s'était alors fiché dans le tronc avec un bruit mat, à l'endroit où elle se tenait une fraction de seconde plus tôt.

Un sourire étira les lèvres d'Irylin.
L'un de ces sourires mutins qu'elle dédiait à Nerel et parfois à Tishyam, lorsqu'elle leur jouait un tour à sa façon.
Mais aussi -et Nerel était probablement le seul à connaitre cette seconde signification- l'un de ces sourires qui lui servaient à se convaincre qu'elle allait réussir.
Son cœur battait à toute vitesse, elle savait que la moindre erreur lui serait fatale. Elle usait de toute la finesse de ses perceptions pour planifier ses actes en s'aidant de son environnement, l'arbre tout proche était une chance qu'elle avait saisi avec audace. Le tout était de transformer l'essai.
Elle se laissa tomber à pieds joints sur l'acier bloqué dans le bois. Un claquement sonore perça le silence, suivi d'un choc mou.
Le sabre avait cassé, puis elle avait lancé son talon au jugé, se fiant à son estimation de la longueur de la lame pour connaitre la distance à laquelle se trouvait son adversaire. Son coup avait trouvé sa cible, mais moins fort qu'elle l'avait espéré, aussi recula-t-elle rapidement -et toujours en silence.
Ne pas faiblir. Bouger. Frapper.

~¤~

Nerel hésita un instant à s'élancer pour aider les Faëlles, mais un bruissement non loin de lui attira son attention. Il pivota immédiatement et se remit en garde, prêt à une nouvelle attaque.
Face à un seul adversaire, il était certain de l'emporter.
Avec une détermination sans faille, il lança une première attaque dans l'unique but de forcer son opposant à bouger, afin de mieux le situer... Pour ensuite passer aux choses sérieuses.


--------------------------------------


Le Maître Marchombre perçut sans peine toute la joie de son ami, et lui-même ressentait un sentiment similaire. Depuis longtemps, Ilhano était de ces rares qui avaient gagné et mérité la confiance de Liam. Une confiance réciproque.


- Ilhano. souffla Liam dans un sourire revenu.

Pourtant, quelque chose était différent, dans ses prunelles orangées. Il y avait plus que la joie et la satisfaction de retrouver un ami de longue date. Il y avait aussi, il en était conscient, une once de soulagement.
Soulagement d'avoir, pour quelques instants au moins, un camarade de valeur à ses côtés.
Soulagement aussi d'avoir pu provoquer cette leçon improvisée pour son apprentie.
Depuis quelques temps, il commençait à s'interroger sur lui-même. Faisait-il des erreurs, barrait-il la route à sa jeune élève ? Ilhano lui avait offert une partie de la réponse. Shyna avait réellement un problème, et il n'en était probablement pas la cause. Cependant, il lui restait à trouver la solution.


- Que fais-tu, Liam ?
La voix avait retenti derrière lui, douce et légère comme une brise d'été. Il n'avait pas frémi. Depuis quelques semaines déjà, il était enfin capable de l'entendre arriver.

- Je cherche une solution.
Un court rire, cristallin et moqueur, avait répondu à son grognement et réduit à néant sa concentration. Il s'était alors retourné, à la fois curieux et contrarié. Un sourire bienveillant l'avait accueilli, douchant toute contrariété pour ne laisser que l'écoute et la curiosité.

- Ne crois-tu pas qu'il vaut mieux observer le problème dans son ensemble pour trouver une solution, jeune apprenti ?...


Voir le problème dans son ensemble... Il se promit d'y repenser, tandis que son apprentie lâchait un grognement digne d'un Raï en colère.


- C'est un miracle, nous avons deux prénoms !
ironisa Shyna. Ne t'attends pas à plus de sa part, on dirait qu'il doit payer chacun des mots qu'il prononce ! ajouta-t-elle pour Eryn, avant de lui tendre une main un peu plus aimable que le ton qu'elle avait employé jusque là. ... Moi, c'est Shyna. Et toi ?
avatar
tapache
Admin

Messages : 81
Date d'inscription : 05/11/2011
Age : 26

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Tapache, tout simplement
Vie:
66/100  (66/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par Elawin le Sam 30 Aoû - 15:11

[Enfin du temps pour écrire !! J'avais mes idées mais pas un instant à moi pour les mettre sur le papier. ^^" Bon ce n'est pas écrit comme je le voudrais mais c'est posté !]

Les sens en alerte, le Mercenaire cherchait sa proie. Il était tellement sûr de l'endroit où elle se trouvait qu'il s'était précipité en entendant le chant. Par deux fois il avait alors frappé et par deux fois, il n'avait rencontré que le vide. Pourtant sa cible était là, tout près, il le savait. Mais où ?

Un craquement de brindille puis un souffle étouffé lui parvint. Trop loin. Ce ne pouvait pas être elle.
Fermant les yeux, il tenta de se concentrer sur le silence nocturne. Il prit alors conscience de la curieuse chaleur qui se répandait au niveau de sa hanche et l'étrange sensation de sa peau collée à son vêtement. Comme si elle attendait un signal pour se manifester, la douleur s'éveilla brusquement et se diffusa dans son être, arrachant une grimace au Mercenaire.

Maudite soit cette fille ! Elle avait frappé fort et l'avait manqué de peu, mais la lame avait malgré tout ouvert une profonde entaille dans son flanc. Furieux de s'être laissé ainsi berné par la jeune femme, il fendit l'espace devant lui d'un geste rageur, son sabre décrivant une large courbe, meurtrière.

Aucun obstacle ne vint arrêter sa course. Il l'avait encore loupée.
Le mercenaire retint à grand-peine un grognement de fureur. Ce combat stupide commençait à l'agacer prodigieusement. D'autant que même s'il parvenait un peu mieux à se repérer dans cet océan de ténèbres, il n'était toujours pas en pleine possession de ses moyens. Enfin, la récompense promise lui semblait tout à coup bien maigre par rapport aux efforts que lui et ses compagnons d'arme avaient consenti.

Quant à l'autre prétentieux là-bas... Il se contentait de profiter tranquillement du spectacle, à distance respectable des combats. Ce lâche n'avait même pas daigné faire un geste, alors qu'il aurait pu leur prêter main forte...

Et ce silence exaspérant... Il avait beau se concentrer sur ses sens, il n'entendait rien d'autre que le tintement métallique des combats. Absolument rien. La nuit semblait s'être couchée sur les lieux, étouffant tout bruit, toute perception. Pourtant, son adversaire était bien là, proche. Alors, pourquoi ne l'entendait-il pas ?

Trop concentré sur la colère qui montait en lui, le Mercenaire ne remarqua pas l'infirme déplacement d'air qui caressa fugacement son buste, aussi léger qu'un battement d'ailes de papillon. Serrant le poing sur la garde de son sabre, il fourragea agressivement l'espace quelques secondes durant avant de s’apercevoir de la puérilité et de l’inutilité de son geste. Il n'arriverait à rien s'il ne la repérait pas.

Une souffrance aigüe se manifesta soudain dans son épaule gauche et lui fit serrer les dents. Satané Frontalier... Le sabre avait touché un point névralgique et ses mouvements inconsidérés venaient de raviver la douleur. Retenant un juron, il tenta d'oublier sa blessure et se concentra à nouveau pour tenter de repérer son ennemie.

Mais malheureusement pour lui, Isys s'était faite plus silencieuse que jamais. Réduisant son souffle au maximum, en quasi apnée, elle se mouvait dans la nuit sans un son, glissant sur le sol détrempé, se fondant dans cette végétation humide envahie par les ténèbres. Ombre parmi les ombres, elle écoutait, enregistrait et analysait chaque bruit, chaque déplacement d'air, chaque frémissement.
Elle perçut non loin une succession de souffles étouffés, d'air fouetté, suivie d'un bruit sourd, puis mat avant un craquement sec et sonore.

Un courant d'air l'informa de la tentative ratée de son ennemi. L’ombre d’un sourire éphémère flotta sur les lèvres de la Faëlle.
Ce qu’elle s’apprêtait à faire pouvait se révéler décisif. D’aucuns l’auraient qualifié de téméraire. Mais la jeune femme était parfaitement consciente des risques qu’elle prenait, et surtout, elle connaissait pleinement ses capacités.

Une nouvelle salve de caresses aériennes lui parvint. Son adversaire s’impatientait et sa colère perceptible était visiblement en train de prendre le dessus.
L’occasion était trop belle pour la laisser s’échapper.

Ses deux poignards en position de défense devant elle, elle bondit vers le Mercenaire. Elle ignorait si ce dernier était de face ou de dos, mais elle avait un plan pour les deux cas de figure.
Un crissement furieux retentit sur sa droite. Sa lame venait de croiser le sabre ennemi, bloquant sa lancée. Portée par son élan, elle appuya plus fort l’acier contre le fer. Mais le barrage métallique ne semblait pas vouloir céder.
Isys allait changer de stratégie lorsqu’elle capta un infime tressaillement.
Sans hésiter, elle s’engouffra dans la faille et d’un geste puissant, elle repoussa l’arme du Mercenaire, puis lança avec violence son talon en avant. Un craquement non équivoque se fit entendre, mêlé d’un atroce gargouillis, tandis que la Faëlle se rejetait en arrière, pour rétablir une distance de sécurité entre elle et le Mercenaire.

~¤~

Un bruissement et une attaque brusque sur sa droite obligèrent le Frontalier à se détourner. D’un mouvement assuré, fruit d’un entrainement exigeant, quotidien et sans relâche, il para l’assaut, attentif au moindre détail, au moindre son.
La bataille n’était pas encore gagnée, mais si son adversaire pensait se débarrasser facilement de lui, il commettait une lourde erreur… Mû par une énergie nouvelle et son inaltérable volonté, le Frontalier contre-attaqua.


--------------------------------------


Ilhano lut la joie sincère qui brillait dans les prunelles orangées de son ami et qui faisait écho au sourire qui s’était dessiné sur ses lèvres.
Un observateur moins attentif n’aurait pas remarqué la subtile différence qui émanait cependant du regard de Liam. Mais Ilhano connaissait trop bien le maître marchombre pour ne pas s’en rendre compte. En outre, ils n’en étaient pas à leurs premières retrouvailles et les prunelles azur avaient depuis longtemps appris à décrypter l’océan doré de leurs homologues.

Un grognement furieux mit fin à leur échange muet.

Eryn, qui était demeurée jusque-là silencieuse, se contentant d’observer attentivement les deux hommes, se tourna vers sa compatriote. La Frontalière sourit à la remarque ironique de cette dernière avant de se saisir de la main qu’elle lui tendait :


- Ravie de faire ta connaissance, Shyna ! Moi c’est Eryn,
répondit-elle avant d’ajouter avec sincérité : Merci.
avatar
Elawin
Scribouillard du dimanche

Messages : 44
Date d'inscription : 28/10/2012
Age : 31

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Elawin
Vie:
100/100  (100/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par tapache le Sam 30 Aoû - 19:43

S'il avait pu, il aurait soufflé, grogné, il aurait laissé s'exprimer toute la rage qui bouillonnait en lui.
Non seulement l'attaque de son adversaire avait brisé sa lame, mais en plus le choc lui avait fait lâcher le morceau qui lui restait encore. Et non contente de l'humilier en le désarmant, elle avait tenté de le frapper.
Un coup léger, presque inoffensif... mais qui avait atteint son avant-bras blessé, provoquant une décharge de douleur qui remonta jusqu'à son épaule.
S'il avait jusqu'à maintenant gardé à l'esprit la présence de son précédent adversaire, le Frontalier, ainsi que celle de leur "supérieur", si tant est qu'on puisse nommer ainsi l'être qui admirait leur combat stupide, désormais plus rien d'autre ne comptait que cette fille, cette Faëlle sans doute, qui le mettait en défaut.
Il se fichait des récompenses, de la gloire, du Chaos ou de l'Harmonie, tout ce qui importait, c'était tuer. La tuer. Vite.
Il tira lentement une dague hors de son fourreau, prenant garde de ne pas provoquer d'à-coup. Mais il était trop nerveux, trop tendu, et la lame émit un bref chuintement à l'instant où il achevait de la libérer.
La sanction tomba, immédiate et sévère, et quelque chose heurta son visage avec une violence inouïe, tandis qu'il sentait un acier prendre contact avec le sien pour mieux l'écarter.

Irylin, malgré l'absence de lumière, avait les yeux grand ouverts. Ses sens, tendus à l'extrême, recherchaient la moindre information. Un bruissement, un mouvement d'air, une chaleur inhabituelle, peu importe. L'indication la plus infime était bonne à prendre.
Elle était si attentive, que le craquement qui se produisit à plusieurs mètres de là manqua de la faire sursauter, mais elle se maitrisa à temps... ce qui lui permit d'entendre avec une précision exceptionnelle le son chantant de l'acier quittant son fourreau.
Il était là, tout près, légèrement sur sa gauche, et il avait manifestement tiré une autre lame...
Elle ne comptait pas lui laisser le temps de s'en servir. En un éclair, elle était sur lui et, se fiant aux dernières vibrations de la lame qu'il tenait, chercha le contact de l'acier avec son propre poignard. Dès qu'elle l'eut trouvé, elle lança son coude de toutes ses forces, espérant avoir correctement évalué la taille du Mercenaire qu'elle affrontait.
Le choc fut tel qu'elle ne put s'empêcher de grimacer, mais la douleur était sans importance. Elle enchaina, écartant avec force la dague menaçante, et frappa du coude une nouvelle fois, suivant son adversaire dans son mouvement de recul.
Le coup atteignit le Mercenaire sous le plexus, cette fois, et il laissa échapper un souffle de douleur.
Elle l'avait trouvé, elle était en position de force, il était hors de question qu'elle le lâche désormais. Tandis qu'elle s'apprêtait à frapper pour la troisième fois, elle sentit le mouvement qu'il tenta d'imprimer à sa dague pour échapper au contrôle qu'elle maintenait, modifia son geste, pivota, s'effaça et abandonna le contact avec la lame dangereuse et effilée.
La fraction de seconde suivante était l'Instant. Celui dont parlait parfois Nerel, celui qui décidait de l'issue d'un combat, celui qu'il fallait savoir reconnaitre pour gagner. Pour survivre.
Elle était passée derrière le Mercenaire, suivait le même mouvement que lui, mais savait qu'elle n'aurait pas la force de résister s'il décidait de la pousser, ou de la rejeter.
Elle était derrière lui. Et elle avait un poignard dans la main.
Sans la moindre hésitation, elle enfonça sa lame jusqu'à la garde dans la poitrine de l'homme, puis s'écarta d'un bond.
Le silence parut s'étirer à l'infini, puis s'acheva enfin dans le bruit d'un corps tombant sur les épines humides.


--------------------------------------


Le sabre de Nerel trouva sans peine la lame qui fusait vers lui, contre-attaque rapide et précise en réponse à sa précédente tentative. D'un geste simple et précis, poli par des années d'entrainement, il écarta le danger et chercha à créer une ouverture, profitant de ce contact avec la lame qui lui offrait une précieuse indication de distance.
L'assaut qu'il lança ensuite était ajusté, précis et discret. S'il avait affaire à un Mercenaire du niveau de celui qui venait d'abandonner le combat, il était certain d'atteindre sa cible...
Mais il n'atteignit rien du tout, et sentit au contraire que son attaque était déviée, avec une précision et une finesse sans commune mesure avec la brutalité dont faisait preuve son précédent adversaire.
Il eut à peine le temps d'effacer son épaule pour laisser passer une lame acérée, dut esquiver en urgence le coup qui revenait sur lui, mais parvint à stopper l'attaque suivante, répliquant dans la même seconde, sans hésitation, sans fioriture. Précision et efficacité.
... qui ne menèrent à rien, une nouvelle fois.
Un doute s'insinua dans son esprit tandis qu'il parait un nouveau coup, et grandit alors que sa lame était stoppée avec fermeté.
Il choisit de faire deux pas en arrière, silencieux sur le sol détrempé, et attendit.
Silence.
Pas d'assaut brutal, pas de bruit de pas, pas même un bruissement.
Et surtout...
Pas d'attaque de ce troisième adversaire, qui avait pourtant profité de ces instants de répit pour lui infliger de douloureuses blessures, jusqu'à maintenant.
Le doute était désormais trop grand pour qu'il continue d'attaquer. Suffisamment grand pour qu'il prenne un risque énorme...

- Nath ?


Sa propre voix le surprit. Il n'avait émis qu'un infime murmure, et pourtant il avait l'impression d'avoir hurlé, tant le silence était proche de l'absolu jusqu'à cet instant.
Par précaution, il avait bougé juste après son appel, s'assurant ainsi de ne pas être la cible d'une attaque quelconque, mais il avait le pressentiment que son "adversaire" ne l'attaquerait pas...


--------------------------------------


Shyna, qui avait fugacement affiché un sourire, fronça à nouveau les sourcils.


- "Merci" ?
répéta-t-elle, surprise et contrariée. ... S'il y a quelqu'un que tu dois remercier, c'est lui. déclara-t-elle en désignant Liam.

Celui-ci resta silencieux, attentif à la suite des évènements. Il avait sa petite idée sur la raison qui poussait Shyna à répondre sèchement, mais attendait de savoir s'il avait vu juste, ou non...
avatar
tapache
Admin

Messages : 81
Date d'inscription : 05/11/2011
Age : 26

Feuille de personnage
Nom / Pseudo: Tapache, tout simplement
Vie:
66/100  (66/100)

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Aux Portes de l'Imagination

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Page 2 sur 4 Précédent  1, 2, 3, 4  Suivant

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum